Décider de ne pas aller au Machu Picchu: un choix responsable 

Comme un rêve oublié au réveil d’une sieste printanière, mes yeux s’embrument de larmes en découvrant les rues de Cusco. 

Alors que je me dirige vers mon hostel, je ne sais plus où donner de la tête et des sourires: les balcons, les murs incas, les Églises… Tout me paraît beau, attrayant, envoûtant. Ni l’hostel au proprio alcoolique et violent, ni les toilettes suffisemment sales pour me donner envie de commencer des cours de gymnastique histoire de faire pipi sans tomber malade, ni les dealers de « pasta base » (sorte de crack version « bon de marché »), les odeurs d’excréments (humains?  Canins?) ne feront disparaître les étoiles qui illuminent mes sourires: je suis à Cusco! Sans vraiment le savoir j’attendais cette rencontre urbaine. 

Sans a priori ni clichés sur la ville, je me perds, retrouve mon chemin, tourne en rond des heures durant et frôle du bout des doigts ses bâtiments jamais rêvés, rêvés depuis toujours.
Visiter sans but, sans carte, sans limite de temps. Visiter jusqu’à en perdre ses semelles. Visiter jusqu’à comprendre. 

Comprendre qu’à chacun de mes pas résonne une invitation à la consommation: « massage lady »,  « Machu Picchu », « Rainbow Mountain »,  « city tour »… Refrain entêtant chanté en coeur, sur de fausses notes de sympathie exagérée qui s’immisce dans mes nerfs quelque peu à bout de souffle!  Non, je ne veux pas de massage. Non, je ne veux pas monter dans un bus et passer 2h assise à entendre klaxons et explications impersonnelles.Non, non et non, JE NE VEUX PAS ALLER AU MACHU PICCHU



Oui, vous avez bien entendu: je suis au Pérou pour la deuxième fois et non, cette fois non plus je n’irai pas au Machu Picchu.

D’ailleurs, je ne suis pas non plus allée à la Montagne aux 7 couleurs alors que cette attraction touristique me tentait bien. Le jour du départ tout était prêt dans notre petite chambre de Pitumarca. Le réveil a sonné, nos sacs nous attendaient, les camions de travailleurs étaient prêts à transporter deux touristes jusqu’au départ de la rando mais une petite boule de baroudeuse a commencé à titiller mes idéaux: d’accord, pour cette excursion nous ne sommes pas passés par une agence, d’accord nous avons pris le parti de dépenser notre argent directement dans les villages et non auprès d’agences à Cusco, d’accord nous suivons nos idéaux mais, a-t-on vraiment envie de se retrouver au milieu d’une horde de touristes qui prendra la même photo, au même moment avant de suivre le même chemin et de s’émerveiller des même paysages? A-t-on envie et besoin de battre ces sentiers que d’autres batteront pour nous? Doit-on aller voir cette montagne vue mille et une fois sur nos écrans tactiles?
En un sourire nous répondons à ces questions en retournant nous coucher dans les draps dépareillés de l’auberge

Plutôt que de suivre les traces des non explorateurs modernes nous décidons de parcourir les ruines de Machupitumarca. Seuls entre ces pierres d’hier nous avons profité du soleil, admiré des oiseaux magnifiques et confirmé que les vieilles pierres, aussi lisses soient-elles ne sont pas une véritable passion pour nous, surtout lorsqu’il n’y a aucune explication! 


De retour dans les ruelles de Cusco, nos jambes nous réclament plus de kilomètres. Après avoir écrit mon article sur mes malformations et la difficulté pour moi de marcher en groupe (lire mon article « Marcher en voyage lorsque l’on souffre d’une malformation physique »), j’ai eu envie de prendre mon courage à quatre mains (pour un trek de plusieurs jours mieux vaut aussi compter sur les mains de son compagnon d’amour) et de réaliser un rêve: un trek en autonomie, avec un col à 4600m et trop de dénivelés positif pour mon asthme et trop de négatif pour mes genoux vissés! Le Salkantay trek était parfait! 



Dès le premier jour, mon sourire en a pris un coup: j’aurais du me douter que le chemin serait rempli de groupes! Le Salkantay mène tout droit au Machu Picchu, alors même les non sportifs paient un rein pour avoir porteurs, des cuisiniers, des monteurs et démonteurs de tente, un guide qui t’offre un « you did it, give me 5! » après avoir marché 4h sur du plat et surtout, avoir un selfie tout beau, tout sec de sueur, au sommet du col. Alors, même les voyageuses qui ne peuvent se séparer de leur fer à lisser peuvent vider leurs porte-feuilles sans se demander si leur argent aura un effet positif sur les communautés traversées, ni si le guide recevra un salaire décent, ni si les chevaux devront courir en pleine montée, motivés par un lance-pierres violent, pour faire un aller-retour vitesse éclair. Oui, aujourd’hui le Salkantay trek est accessible à tous, avec ou sans malformation, avec ou sans expérience, avec ou sans intérêt pour l’impact du tourisme sur les populations et cultures locales.



Mises de côtés mes réflexions de voyageuse préoccupée, j’ai profité du trek: larmes, jambes qui flanchent, raz-le-bol, soutien moral réciproque, appui physique, émerveillement, danse du soleil inutile, chansons pour endormir les Dieux de la pluie, séchages impossibles de chaussures trempées par un ruisseau de pluie et cet énorme sourire du trekkeur débutant qui monte dans un bus, s’assoie et réalise que sa mauvaise odeur est due à un mini exploit personnel, humide et extraordinaire!

A Hidroeléctrica nous sommes certainement les seuls touristes à prendre la direction de Cusco sans être passés par la casa Machu Picchu. Alors, pourquoi s’entêter à refuser à y aller alors que nous étions aux portes d’une merveille architecturale?



Comme vous l’aurez peut-être compris, je ne suis pas une grande adepte de la foule touristique. Loin de moi l’idée d’être une Magellan des temps modernes mais, je vous avouerai que j’aime bien être tranquille pour visiter un nouvel endroit. Si vous avez lu d’autres articles de mon blog (notamment celui sur le voyage sans argent), vous aurez compris que je voyage avec un budget extrêmement limité. Bien que je sois prête à dépenser sans compter pour réaliser un rêve ou même rentrer en France le temps de réparer un coeur blessé, je n’ai pas spécialement envie de faire exploser mon budget simplement parce qu’il faut faire tel ou tel activité. Si je n’aime pas les foules et si je ne suis pas fan des vieilles pierres, pourquoi dépenser des sommes folles avec lesquelles je pourraient me payer un bon resto d’après trek ou un ciné?
Toujours niveau budget, j’ai pu lire à plusieurs reprises qu’au Machu Picchu, tout est payant, même les toilettes situées à l’extérieur du site (et impossible de faire en douce entre deux voitures!) Et puis, impossible de se faire un sandwich à l’avocat sans se faire taper sur les doigts (mes amis du Bon Air Argentin l’ont tenté) Pour le manger, il faut également sortir du site… Mieux vaut alors faire coïncider la faim et la vessie pleine car d’après d’autres voyageuses, les gardes ne laissent entrer que deux fois et pas trop près de l’horaire de fin se ticket… Et oui, pour voir le Machu Picchu il faut respecter des règles simples et strictes. Des règles imposées aux touristes, peut-être pour pallier aux abérations de la gestion du sanctuaire. 

En effet, pour garder sa place au patrimoine mondial de l’UNESCO, le Machu Picchu ne devrait pas accueillir plus de 2500 visiteurs par jour. Cependant, avec le système des plages horaires (ticket valable pour une visite entre 6 et 12h ou entre 13 et 17h), ce sont jusqu’à 5000 entrées qui sont vendues quotidiennement (vous comprennez maintenant pourquoi je vous parlais de foule touristique?! Et encore, j’évite de vous parler des petits mâlins qui s’achètent une entrée pour la matinée mais qui y passent la journée!) Pourquoi une telle mesure?  Simplement pour protéger le site fragile (pas seulement des gugus qui montent sur les murs pour un selfie mais aussi du climat). Alors si le Machu Picchu a survécu autant de temps ça serait peut-être sympa de lui donner une chance de résister encore quelques siècles à la stupidité du tourisme de masse histoire que les bébés voyageurs, scientifiques et Péruviens puissent le voir ailleurs que sur les photos de profil Facebook, non?!



Et pour arranger le tout, un aéroport international est en cours de construction à Chinchero, histoire de d’accueillir 5 millions de passagers aériens par an, contre les 3 millions que reçoit actuellement celui de Cusco. Ça vous dirait de parler des conséquences sur la population? De ces habitants qui ont du vendre leurs terres fertiles pour une bouchée de pain contre la promesse de meilleurs revenus engendrés par le tourisme? De ces villageois à qui on a sûrement oubliés de dire que l’argent des touristes arrivent directement dans les poches des agences de Cusco? Des impacts environnementaux d’un aéroport construit sur un terrain meuble en lisière de forêt amazonienne? (pour plus de détails voici l’article de Reporterre sur le sujet) Pourquoi un tel aéroport? Tout simplement pour faciliter la vie des touristes qui n’auront plus à passer par Lima parce que oui, raccourcir le trajet des voyageurs est plus important que d’assurer une certaine sécurité alimentaire et de bonnes conditions de vie à la population locale! 



Enfin, combien de Péruviens avez-vouslors de votre visite au Machu Picchu (sans compter les guides obligatoires que les touristes refusent souvent de payer)? Bien qu’ils aient des tarifs privilégiés et il semblerait même que l’entrée soit gratuite les dimanche, qu’en est-il du transport? De l’hébergement à Aguas Calientes? De la nourriture pour deux jours? Des toilettes à payer en cas d’envie pressante? Est-ce que cette enfant de 5-6 ans assise devant moi dans le bus aura un jour les moyens de transférer cette merveille culturelle sur son écran tactile pour que d’autres voyageurs puissent, assis entre Twitter et Instagram, rêver eux aussi du fameux Machu Picchu… Pas évident avec un salaire minimum inférieur à 250€ mensuel. 

Aujourd’hui, j’ai quitté le Pérou sur un goût amer de tourisme de masse. 

Pour la deuxième fois j’ai passé la frontière sans aller au Machu Picchu. Dans mon coeur ne résonne aucune fierté. Je sais que ma décision n’a changé en rien la face du monde. Elle n’a pas non plus empêché la construction de l’aéroport, ni sauvé une personne de la malnutrition. Je ne mérite aucun Prix Nobel, ni applaudissement pour ce choix très personnel mais, dans mon coeur résonne l’envie de construire mes voyages autour du respect, de l’interculturalité, de la rencontre et de l’échange. Dans mon coeur résonne cette envie d’être maître de mes choix et de pouvoir décider de ce que je veux voir et découvrir, quitte à ne pas tout voir, quitte à décevoir le Routard.



A deux pas des sentiers battus, j’ai décidé de ne pas me laisser attraper par les diktats du tourisme et de suivre mon bout de chemin, en ayant conscience des traces que laissent derrière moi chacun de mes rêves vagabonds. 



Et toi, as-tu déjà regardé devant toi les traces de tes rêves voyageurs? 

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Bolivie: fin d’un rêve et début d’un enfer touristique 

Ici et là, il est de ces endroits qui vous emportent loin du temps, qui vous invitent tellement loin de la réalité qu’ils vous attrapent quelques jours supplémentaires pour cause de jour férié oublié.

Après une semaine dans le Parc Sajama (voir l’article pratique sur le parc), nous bouclons nos sacs pour (re)découvrir le reste de la Bolivie.

Il y a cinq ans, mes pieds avaient déjà foulé cette terre qui avait fait fondre mon coeur, tourner ma tête et coupé mon souffle dès les premiers symptômes du mal des montagnes.

Accompagnée de deux amis belges, j’avais goûté à un échantillon de Bolivie. Un échantillon de 10 jours, trop court, trop adictif. Les souvenirs flous, j’avais envie d’y retourner, de me perdre dans les rues chaotiques de La Paz, de revoir les ruines du lac Titicaca, de revivre ce trajet intérminable entre la peur des virages et l’album de Stéphanie de Monaco en mode repeat, aller à Coroico.

Alors, cinq ans après ma première dose bolivienne, c’est le sac sur le dos et l’amour plein le coeur que je repars vers ces souvenirs brumeux.

La Paz

Des hauts, des bas, des zèbres qui font la circulation, des téléphériques pour un métro-boulot-dodo atypique, des affiches géantes pour montrer au peuple le vrai visage d’Evo Morales (ou du moins son attachement au culte de la personnalité et au populisme exacerbé),  La Paz n’a pas pris une ride en 5 ans. Peut-être quelques milliers d’habitants en plus, mais, fidèle à elle-même, elle envoûte toujours autant le touriste qui n’hésitera que quelques secondes avant de l’adorer… Ou de la détester!

Sans véritable programme ni itinéraire, nous arrivons à La Paz quelques jours après une énième rencontre entre le Chili et la Bolivie au sujet d’un potentiel accès à la mer (pour comprendre cette rancoeur politico-historico-béliqueuse) De grands drapeaux bleus décorent  bâtiments publics et écoles (on n’est jamais trop jeune pour entendre les adultes répéter sans cesse que les Chiliens ont volé la mer à la Bolivie), rappelant ainsi aux Boliviens vivant à 3640m d’altitude que, même sans vraiment en avoir conscience, oui, ils veulent la mer. Oh, pas forcément pour y aller un week-end car de toutes façons le salaire minimum officiel ne leur permettait pas de parcourir les 457km de désert qui les séparent du Saint Graal azur,  mais au moins en soutient volontaire ou forcé à Evo Morales qui pourrait ainsi augmenter le commerce extérieur du pays (pas toujours très net) et s’assurer une énième victoire électorale malgré les réticences du peuple (voir ma brève sur la manifestation du 21 Février, jour d’un referendum non écouté).

Entre réflexions politiques et fascination pour ces affiches qui, loin des diktats de la mode et de la beauté sont une sorte de rejet pur et simple de Photoshop, nous errons et perdons notre souffle dans les rues de la capitale, entre un cimetière transformé en musée de streetart (quelques photos par ici), les Églises aux Jesus de plus en plus érotiquement douteux et jusqu’à la porte d’entrée du musée folcklorique. Là, nous laissons nos yeux s’ennivrer de la beauté des masques traditionnels. Les souvenirs d’Oruro nous reviennent en sourires et c’est le coeur plein d’informations culturelles (et les poumons à remplis de gaz toxiques) que nous quittons La Paz pour Coroico.

Coroico

De Coroico je me souvenais de sa toute petite place, de ces quelques ruelles pas toujours pavimentées, de  ce café bu entre bananiers et papillons aux mille couleurs. Dans mes souvenirs douteux Coroico était un petit village, à quelques heures de virages au-dessus du vide (soit environ 5 fois l’album de Stéphanie de Monaco) de La Paz, où l’humidité de la forêt tropicale avait attiré une mouche (ou une abeille ou un je-ne-sais-quoi qui m’a fait entrer en panique) vers mes cheveux ondulés pour vivre ses dernières minutes d’insecte. Alors lorsque le minibus a commencé sa descente intérminable avant de remonter la moitié de la montagne, lorsqu’au loin nous avons apperçu des immeubles sans fin, un regard dans le vide de souvenirs peut-être erronés nous a suffit pour comprendre que les guides de voyages avaient bien fait leur boulot: Coroico est une destination touristique incontournable!

Arrivés en fin de journée, nous profitons des dernières heures de lumière naturelle pour faire un tour, nous égarer sur la place principale et chercher quelques informations touristiques. Notre choix se porte rapidement sur des cascades situées à quelques kilomètres de la ville, l’une des seules balades réalisables sans guide, sans agence et sans voiture. Si les cascades ressemblaient à un petit paradis sur le papier, la réalité est toute autre: pour y acceder nous devons parcourir une dizaine de kilomètres sur un chemin de terre où des voitures passent toutes les 2 minutes et demi, faisant voler poussière et gaz d’échapements. Pour compléter le tableau, trois chiens décident de nous suivre. Ils n’ont pas l’air méchants, juste un peu pouilleux et poussiérieux alors nous les acceptons pour la journée (pour être honnête, notre autorité naturelle ne nous a pas permis de les faire fuire). Malheureusement, sur la route désagréable, d’autres chiens se sont mêlés à notre petit groupe et l’un deux a essayé de transformer mon molet gauche en jambon Serrano.

Retour à la case départ. Passage par l’hôpital. Nettoyage de la plaie avec une brosse à chaussures, du savon qui ressemblait à du liquide vaisselle et une bassine en cuivre remplie d’eau tiède. Une semaine d’antibiotiques (et quelques prières à Dieu, la Pachamama et je ne sais qui) m’aideront peut-être à ne pas avoir la rage…

Après une journée de repos nous quittons Coroico, ses cascades que nous n’aurons jamais vu, sa forêt aux mille touristes et ses chiens affamés. Tant pis, tant mieux.

Copacabana et la Isla del Sol

Suivant notre logique sans borne, nous quittons Coroico, trop touristique à notre goût, pour rejoindre Copacabana. Une fois de plus nous tombons sur un chauffeur qui, malgré ses années de permis derrière lui, n’a toujours pas intégré les concepts basiques de la sécurité routière. C’est donc en priant, une fois de plus, tous les Dieux morts et vivants que nous filons entre les virages qui séparent La Paz et Copacabana (conseil au voyageur: si vous voulez remettre votre athéisme en question, venez faire un tour en Bolivie, je suis sûre que n’importe quel chauffeur de bus vous aidera dans vos réflexions).

Nos pieds touchent enfin la terre ferme et, les oreilles endormies par Coldplay, Lady Gaga et Bob Marley, nous découvrons le village lancustre. Les rythmes de cumbia dignent des pires morceaux de Patrick Sebastien ont fait place aux musiques occidentales, les vendeuses ambulantes de soupes aux tripes et autres mets qui renforcent mon végétarianisme cuisinent pizza et spaghetti, dans la rue les alpagueurs nous offrent « brunch » et « caipirinha »… L’espace de deux prières et trois heures de trajet, nous voilà en plein coeur de tourisme de masse. Les têtes blondes fument sur les terrasses aux cafés dont les prix s’approchent de celui d’un oeil bleu sur le marché noir, les pulls à motifs de lamas défilent sous des bonnets péruviens et mes yeux se remplissent de larmes au goût de chemins battus et rebattus. Qu’est-ce que je fais là? Où est la Bolivie?

Moi, la diplômée en relations interculturelles je me retrouve face à ce thème maudit que je rêvais disparu depuis la fin de la colonisation: l’acculturation. Le tourisme semble ici avoir fait disparaître la Bolivie sous ses airs de richesses matérielles et son goût du happy hour à la bière belge (je n’ai rien contre la bière belge, croyez moi, pas en Bolivie!  Pas à plus de 3000m d’altitude!)

Même si nous savons que toute cette population se retrouvera demain sur la Isla del Sol, nous mettons notre envie d’originalité de côté, ravalons notre fierté mal placée de voyageurs et achetons un billet de bateau pour l’île.

8h30. Cinq bateaux d’au moins 50 passagers chacun prennent le large. Était-ce vraiment une bonne idée de faire comme tout le monde? Le nord de l’île étant fermé, tout le monde descendra au Sud, ce sud rempli d’hébergements où des enfant invitent à l’achat d’un « achète moi artisanat » larmoyant et où une photo avec un lama en laisse coûte aussi cher qu’un demi litre de jus de fruits…

Maintenant que nous y sommes nous partons faire un tour, essayant de suivre les chemins où les traces de lamas et de moutons sont plus nombreuses que celles des talons hauts et des chaussures de randos. Nous profitons de l’île même si notre silence en dit long: nous aussi sommes des touristes et non, ce n’est pas parce que nous refusons de passer par des agences ou que nous préfèrons dormir dans des parcs naturels plutôt que dans des party Hostel que nous valons plus que ces touristes à moitié ivres…

Un retour à terre s’impose. Nous aurons tous les deux besoin de longues heures de marche et de plusieurs jours de réflexion et d’écriture pour réfléchir à notre voyage et à notre impact sur les cultures visitées.

Existe-t’il vraiment une relation d’échanges et d’interculturalité dans ce contexte?

Demain nous partirons pour le sud du Pérou. Cette destination ultra touristique mettra sûrement un point final à nos réflexions voyageuses… 


Sajama, infos pratiques sur le parc aux noms de desserts italiens et mon itinéraire en Bolivie 

Ici et là, il est de ces endroits qui vous attrapent pour vous emporter hors du temps. De ces villages aux murs décrépis et aux toits ondulés où deux nuits se transforment rapidement en une semaine de découvertes. De ces paysages qui, en quelques foulées, vous connectent à cette réalité loin d’internet, de votre douche chaude et de votre lit douillet.

Ici et là, il est de ces endroits qui transforment un tourisme lambda en rêve voyageur. Le temps de s’habituer à la danse du vent sur les tôles alourdies de pierres, et nous voilà déguisés en explorateurs du quotidien, en sédentaires hebdomadaires.

Ici et nulle part ailleurs, il y a Sajama. Ce village aux toits décrépis et aux murs ondulés. Ces paysages qui allongent le séjour et écourtent nos envies de départ (toutes les infos sur le parc en fin d’article).

Sajama, ce parc aux tourbillons de sable qui s’élèvent vers un soleil infiniment brûlant. Ces nuages qui se forment au gré du vent de l’heure de la sieste. Ces champs de lamas que l’on traverse au son d’une photo volée. Ces geysers brumeux aux allures de bals de korrigans. Sajama, cette pause qui nous aura fait reprendre la marche quotidienne au goût de coca. Cet apprentissage du corps au souffle court. Ce dépassement de soi et la découverte de ses propres limites, sans regret, avec fierté, avec son asthme et autres problèmes qui feront de ces lagunes un simple mirage au fond de mes rétines rêveuses, impossible à atteindre. Lire la suite

Avortement en Amérique Latine: législation par pays

«Actuellement, celles qui se trouvent dans cette situation de détresse [grossesse non désirée], qui s’en préoccupe ? La loi les rejette non seulement dans l’opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l’anonymat et l’angoisse des poursuites. Contraintes de cacher leur état, trop souvent elles ne trouvent personne pour les écouter, les éclairer et leur apporter un appui et une protection.»
(Simone Veil) 

Mes derniers mois au Chili ont été quelque peu mouvementé niveau sexualité : un amoureux, des capotes qui craquent à tout va, des pilules du lendemain et cette angoisse permanente du « et si je tombais enceinte ?! Moi, celle qui ne veut pas d’enfants, celle qui veut voyager, celle qui veut rejoindre l’Alaska en stop »

Je ne suis pas la seule a avoir sentie cette boule au ventre en attendant de sentir le sang couler. Elle, de passage au Chili en couple depuis plusieurs mois, Elle, expatriée en Argentine… Nos conversations aboutissaient toujours à la même conclusion : « si je tombe enceinte, je file en Uruguay ». L’Uruguay, le seul pays d’Amérique du Sud à autoriser l’avortement. Mais pourquoi n’avons-nous jamais pensé à la Guyane Française, pourquoi n’avons-nous jamais vraiment réfléchi aux lois de nos pays respectifs ?
Peut-être, parce qu’au fond de , avions l’intime conviction de nous retrouver face à un mur législatif … Et puis, en quatre années d’expatriation chilienne j’ai entendu les larmes de jeunes filles, de jeunes mères ayant avorté dans un pays où tout type d’IVG était interdite. Jusque là j’avais pu me protéger de mon empathie dévorante. Oui, mon cœur avait pu résister au partage de douleur jusqu’à ce qu’un soir Il rentre à la maison et me dise :

« Tu te souviens d’Elle ? Elle a acheté du misoprostrol sur internet pour avorter. Apparemment l’embryon est mort mais Elle ne l’a pas expulsé. Elle a passé deux mois avec un embryon mort dans son utérus car aucun médecin n’a voulu l’aider par peur d’être accusé d’avortement. »

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Traverser la Patagonie au rythme de la nature 

«Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve.»
(Guy de Maupassant)

 

Route mythique de la Patagonie, la Carretera Austral se glisse entre les fjords patagons et les Andes pour faire rêver le voyageur de Puerto Montt jusqu’au sud du Chili.

Pour parcourir cette route qui oscille entre terre et mer, goudron et gravillons, mieux vaut charger son sac à dos de patience, sourires et fruits secs pour les petits creux.

Si les unités de mesure restent les même ici et là, le temps, quant à lui,  prend d’autres teintes, s’allonge et divague au gré des aventures. Touriste ou voyageur, chacun aura sa propre expérience patagone du temps car ici 400km peuvent se transformer en 6 heures de bus et 200km en 8 heures de stop. Qu’importe!, tous les Patagons vous le diront: celui qui vient en Patagonie à toute allure, perd son temps car ici, c’est la nature qui rythme les moteurs et sublime les rencontres. Lire la suite

Hier la Terre a tremblée: 6,9 sur l’échelle de Valparaíso

Le nez endormi par l’automne, les yeux encore inondés par les êtres étranges de la Perotá Chingó, le coeur frétillant d’un chez moi fraternel, je rentre vers ce « chez moi » volontaire, temporaire, porteño.

Après deux jours de retrouvailles, concerts, découvertes et désorientation á Santiago, le calme de Valparaíso m’offre quelques heures de brouhaha partagé.
Aujourd’hui l’atmosphère pèse sur le port. L’air est dense. La lumière dérange la tranquillité agitée.
Hier, alors que je profitais du stress de la capitale, la Terre tremblait sur Valpo.

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Jugement, culpabilité et bûcher festif: aujourd’hui Valparaíso brûle Judas 

Dimanche. Entre siestes, détours et visites des alentours nos pas se dirigent vers le quartier du port.

19h00. Les pavés de la place Echaurren ont fait place aux sourires des enfants. Sur la scène improvisée quelques musiciens chantent l’arc-en-ciel de Valparaíso pendant que deux clowns muets dansent avec les marginaux du Barrio Puerto.

Ligotés à un lampadaire, les oripeaux de Judas attendent leur jugement dernier.

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