Suède : 1 mois pour découvrir le Dalsland en packraft

La Suède en packraft : découverte du Dalsland depuis l’eau

Imagine un voyage qui mettrait le temps sur pause. Une avancée qui se ferait au rythme du corps, des vents et d’un soleil insomniaque.
Imagine une parenthèse de plusieurs semaines qui s’ouvre et se ferme sur des lacs, des forêts et des matelas de mousse.
Imagine un quotidien qui se dessine sur des rencontres avec des pics épeiches, des écureuils, des biches et des faons.
Imagine la Suède.

Cette avancée voyageuse, cette parenthèse naturelle, c’est ce que j’ai vécu pendant un mois. Un mois pour traverser le Dalsland de part en part. Un mois de packraft dans le Dalsland, de découvertes, de bivouac et de lenteur. Un mois de rêve, tu ne crois pas ?
Pourtant, qu’on se le dise tout de suite, la Suède n’a pas fait exploser en moi la foudre d’un amour immédiat. J’ai vogué, j’ai chanté, j’ai ri et j’ai pleuré. J’ai aimé ce voyage mais, plutôt que ce coup de foudre qui semble frapper tous les néo-visiteurs de Scandinavie, il m’a plutôt offert un goût de « où sont les wahou ? »

C’est donc sur un air de « reviens-y parce que la Suède saura t’amouracher » que je vais te raconter cette folle aventure. L’aventure d’une récente opérée qui, avec ses bras en guimauve, ses poignets cicatrisés et son sens de l’improvisation, a décidé de partir découvrir un bout de Scandinavie en packraft, en solo et en autonomie.

Fin de journée lors d'un voyage en packraft dans le Dalsland en Suède

Un appel du large

Il y a eu la découverte de l’eau. Un jour de post-confinement, Elle et moi sommes parties pour une traversée de la France en kayak gonflable. Parties de Roanne, nous avons pagayé plus de 1000 km pour rejoindre Brest. 1000 km pour apprendre à gonfler un kayak, pour planter une pagaie dans le sens du courant et pour rêver de l’après.

Il y a eu l’envie d’aller plus loin. Un jour de post-couvre-feu, Elle et moi sommes parties pour un tour de Corse en kayak gonflable. Parties du port de Bastia, nous avons pagayé plus d’un mois pour rejoindre notre point de départ. Un mois pour apprendre les vents, les vagues et la houle, pour découvrir la mer et pour rêver de l’après.

Il y a eu les fourmis qui s’invitent dans mes poignets, dans mes mains et dans mes bras. Les fourmis qui me font tomber de vélo, qui m’arrêtent dans une livraison de colis et m’offrent de jolies cicatrices. Arrivées par un canal trop étroit, elles sont reparties après 4 opérations. Entre convalescence, rendez-vous médicaux et anesthésies, j’ai eu un hiver pour me souvenir de la Loire, du canal de Nantes à Brest et de la Corse. Un hiver pour rêver de l’après.

L’après est arrivé. Il apportait dans son sac de rêves et d’envies un appel. L’appel du large, de l’ailleurs, des eaux calmes, de la nature et de l’oubli. L’appel de la solitude, du bivouac, de l’inconnu et de la folie. L’appel d’une carte qui s’ouvre au hasard, d’un œil qui voit une multitude de tâches bleutées au milieu de vastes étendues teintées de vert et d’une main qui pointe la Suède. L’appel d’une embarcation légère, de la liberté, de la pagaie et de la découverte.
L’après est arrivé. Il avait le nom de Suède, un billet de bus pour Göteborg et rien de plus. Depuis la ville, je verrais où aller. L’après avait le nom de packraft, un mini-raft gonflable, une sorte de coquille de noix ultra légère avec laquelle partir à l’aventure sur les eaux d’ici et d’ailleurs.

P'tit Louis, mon packraft de la marque française Mékong Packraft sur un lac suédois

Une aventure sans itinéraire

Terre de légendes, de lumières, de nature et de vent, la Suède s’étire vers des bouts du monde, des ailleurs qui titillent l’imagination et invitent à la contemplation.
Terre de lacs, de forêts et de myrtilliers déguisés en tapis, la Suède m’a offert un terrain de jeux, de pagaie, de lutte et de découvertes.

Partir sans itinéraire, c’est se laisser porter par des cartes qui se dévoilent au fil des jours. C’est avancer contre vents et courants. C’est aller vers l’inconnu, sans se soucier du temps qui passe, des kilomètres que l’on refuse de compter et d’une trace gpx qui s’évapore pagaie après pagaie.
Partir sans itinéraire, c’est faire le choix de ne pas savoir où planter la tente lorsqu’il fait sommeil, ne pas savoir où étirer ses jambes lorsque le ventre entre en concert de gargouillis et ne pas savoir jusqu’où nous mèneront les lacs suédois.

Partir sans itinéraire, c’est le choix de voyager pour le plaisir du voyage. Loin des applications sportives, des algorithmes sociaux et des compétitions virtuelles, j’ai dessiné cette aventure sur l’envie et le besoin de redécouvrir l’ailleurs. Dans mon sac, j’avais de la nourriture pour tenir 2 mois, une gourde filtrante et des panneaux solaires. Dans mon sac, j’avais l’autonomie nécessaire pour éviter les villes, oublier le temps qui passe et partager ma solitude avec des cocons de nature. J’emportai mes peurs, mes rêves et mes mots en devenir. J’abandonnai l’organisation, la prévision et la planification.

Partir sans itinéraire, c’est lever la pagaie, se laisser porter par un courant inverse et sourire au chemin parcouru. Pendant un mois, je n’ai pas tracé ma route. Les empreintes éphémères que je l’ai laissé filer derrière mon packraft, l’ont fait pour moi.

Couché de soleil lors d'un voyage en packraft dans le Dalsland en Suède

Un voyage de routine

Sur la carte, le Dalsland (nom que j’ai appris une fois sur place), c’est beau. La région s’affiche comme une énorme flaque verte tachetée de bleu.
Dans mes yeux, le Dalsland (je ne suis pas tout à fait sûre de ne pas en être sortie à un moment ou un autre), c’est beau. Ce petit bout de Suède se dessine comme une énorme forêt parsemée de lacs.

Alors oui, le Dalsland c’est le vert glauque des pins, le noir d’un lac matinal, le vert piquant des bouleaux et le bleu d’argent du soleil sur l’eau. Ce sont les écureuils qui courent, sautent et guettent la voyageuse, une pomme de pin dans la gueule. Ce sont les biches qui analysent la marcheuse afin de savoir si courir en vaut vraiment la peine. C’est le matelas de mousse et de myrtilliers sur lequel poser des pieds en tongs. C’est le rose qui peint un ciel nocturne et la chaleur de l’or qui accompagne le soleil de 22 h. C’est des paillettes qui dansent sur les eaux de midi et un effet miroir qui fait perdre le nord.

Le Dalsland, mon Dalsland, c’est aussi la routine. Ce sont les paysages qui se répètent jour après jour. C’est le manque de surprise à l’horizon, le plat des arbres et l’envie de voir surgir une montagne. C’est le froid qui s’invite dans la tente à l’heure bleu de 3 h et les brûlures d’UV qui transpercent les lèvres nautiques. C’est, encore et toujours, la forêt, les myrtilles pas encore mûres et la mousse qui éponge mes pas. C’est le lever matinal, la tente que l’on replie, les flocons d’avoine et les petits biscuits de 11 h. C’est la routine de la pagayeuse, celle qui plante sa demeure sous un arbre, qui attache son packraft avec des sangles fluo et qui part à la découverte de son jardin éphémère. Ce sont les podcasts qui résonnent sur l’eau, les karaokés en solo et les chansons qu’on détourne au gré du vent.

Dans une routine quotidienne, j’ai vu, senti, vibré face aux mêmes paysages pendant un mois. Je crois que c’est le simple manque de surprise qui a éteint la foudre qui aurait pu me faire tomber en amour pour la Suède. Pourtant, dans cette répétition de lacs, de forêts et de mousse, des imprévus, il y en a eu !

Barque à côté de son ponton sur les lacs du Dalsland en Suède

Une folie surprenante

En partant pour la Suède, je pensais voyager seule.
En arrivant en Suède, j’ai compris que ce voyage se ferait à deux. À plusieurs. Il y aurait moi, le vent de face, le latéral, le 3/4 dos et le 3/4 face. Le vent de dos viendra me rendre visite une journée, mais s’en ira aussi vite qu’il est venu, sur les coups de 45 km/h.

En hiver, le vent, c’est celui qui rougit les joues et te poussent vers un chocolat chaud.
À Nice, c’est celui qui fait chanter les galets.
À Puerto Montt, au Chili, c’est celui qui te fait croire que le soleil connaît aussi la route de la Patagonie.

Le vent, je l’aime. J’aime sentir les caresses, les poussées, les murs de cette force tantôt rafraîchissante, tantôt exaspérante.
J’aime les cheveux qui volent, les murmures dans les oreilles et la mer qui danse.
Oui, j’aime le vent. Enfin, parfois.

En Suède, le vent m’a joué des tours. Il m’en a fait faire aussi.
Du lac Vänern, le plus grand lac d’Europe (hors Russie) jusqu’à Ed, c’est lui qui a guidé mes coups de pagaie, mes cris d’effort et mes pauses imposées. C’est le vent qui a transformé les miroirs de l’eau en bain à remous. C’est aussi lui qui m’a proposé de faire des demi-tours, des sauts de puce en bus et des arrêts d’urgence.

Si j’ai choisi le packraft, c’est pour sa légèreté.
Si avec le packraft j’ai autant lutté contre le vent, c’est à cause de sa légèreté.

Dans ma coquille de noix gonflable, j’ai appris le vent. J’ai appris celui qui dort entre 3 h et 7 h du matin, me laissant un répit pour sortir de la nuit et trouver une bulle de paradis. J’ai appris celui qui gonfle les lacs au point de me clouer sur place, à quelques mètres de la côte. J’ai appris celui qui m’invite à lâcher la pagaie le temps d’écoper l’eau qui s’invite dans le packraft. J’ai aussi appris celui qui te pousse vers tribord quand tu veux rester à bâbord.

Et puis, j’ai appris le vent qui te fait découvrir les limites de ton corps, celui qui te prouve de quoi tes muscles en guimauve sont capables. J’ai appris le vent qui donne envie d’aller plus loin, de ne rien lâcher et d’avancer coûte que coûte. J’ai appris le vent qui chasse la pluie, qui attire l’orage, qui gronde dans la tente et qui disparaît pour t’offrir un spectacle solaire inoubliable. J’ai appris le vent qui se tait, qui transforme les eaux du Dalsland en enfer humide.

Tout au long de mon aventure, j’ai écouté, regardé, senti le vent. Si j’avais eu une autre embarcation, je ne l’aurais peut-être même pas aperçu. Seule sur mon packraft, j’ai compris que je n’étais pas maîtresse de mon non-itinéraire. Seule au milieu de lacs aussi vastes que mes rêves, j’ai réalisé, encore une fois, à quel point je ne suis qu’une brindille face à une nature puissante et douce. Seule au cœur de ce fabuleux voyage, j’ai aimé et détesté le vent. Je lui ai chanté des chansons faussement notées, je lui ai demandé de se calmer le temps de plier la tente, je lui ai promis de l’admirer se lever s’il me laissait avancer. Seule dans la beauté routinière du Dalsland, j’ai souri à cette folle envie d’utiliser une embarcation pas du tout adaptée à ce genre de vent, de lacs et de vagues.

Couché de soleil sur les lacs du Dalsland en Suède

Une traversée unique

Juin 2022. Des cicatrices plein les bras, je remplis mes sacs toujours trop lourds de rêves, d’inconnu, d’envies et d’un packraft. Un billet de bus dans la poche, j’embarque pour l’un des voyages les plus sportifs de ma vie de femme bancale.

Cette aventure, c’est celle d’une reconnexion complète à la nature. Celle d’une peur qui rejaillit du plus profond de l’enfance lorsque la foudre tombe entre les arbres, le lac et ma tente, celle de l’innocence d’une néo-packraftiste, celle d’une joie immense à chaque réveil.
Ce voyage, c’est celui de l’inconnu. Celui de l’oubli du temps, des obligations, des impératifs et des pressions sociales.
Cette traversée du Dalsland en packraft, en solo et en autonomie, c’est un rêve de plus qui s’est dessiné à mesure qu’il se réalisait. C’est une parenthèse dans un été caniculaire, un appel vers l’ailleurs, le large et les forêts.

Juillet 2022. Après un retour trop brutal à l’humanité industrielle, je remplis mes sacs beaucoup plus légers de souvenirs, de paillettes qui scintillent, d’accomplissement et d’un packraft. Un billet de bus acheté pour le jour-même en poche, je quitte la Suède des projets plein les mirettes.

Pour ce voyage, j’ai bénéficié du soutien de la marque de packraft Mékong. Cette marque française fabrique des packrafts dans son atelier drômois. Je ne gagne absolument rien en t’invitant à suivre ce lien mais, je te le laisse quand même au cas où tu sois pris d’une envie subite de prendre le large.
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