Ma randonnée itinérante dans le Morvan

Parfois, un simple message nocturne suffit pour changer inviter un sourire à vivre une vie de voyages.

Ce soir-là, il y avait une pandémie, des frontières qui se ferment et son voyage qui s’annule. Comme parfois, il y avait des messages qui s’échangent sur un écran bleuté. Comme souvent, j’ai lancé ce que je croyais être une blague. Comme pour le début d’une histoire à deux, il m’a répondu « oui ».

Alors qu’on ne se connaissait qu’à travers l’échange de message sociaux, il est venu pédaler quelques kilomètres avec moi. Depuis, il y a eu d’autres messages, des retrouvailles, des voyages et une randonnée itinérante dans le Morvan.

Randonnée itinérante dans le Morvan : 3 jours par le lac de Crescent

Dans un pays comme la France, où les sentiers de Grande Randonnée croisent ceux de Petites Randonnées, bifurquent vers les sentiers de Grande Randonnée de Pays et virevoltent entre des balises multicolores, les options et envies de découvertes sont nombreuses.

Pour cette première randonnée en itinérance de l’année, nous avons donc procédé par élimination. Et par manque de temps pour l’organisation, soyons honnêtes.
Nous voulions une micro-aventure en boucle.
À 2 heures de route maximum de Paris.
Bivouaquable.
D’une durée de 3 jours.

Une recherche Google. Un nom qui sonne plutôt bien au creux de l’oreille, une région inconnue de nous deux et nous voilà en route pour le Morvan.

Sur la carte, l’itinéraire est parfait : 70 km, 1700 m de D+ et autant de D-, des villages, des forêts, des champs et un lac. La trace GPX est claire. Ca sera une boucle de 3 jours dans le Morvan.

Jour 1 : Avallon – Lac de Crescent / 29 km / 700 D+

trace GPS randonnée dans le Morvan d'Avallon au Lac de Crescent

Il est 5 h. Les paupières s’étirent dans l’euphorie d’un week-end de marche. Le café encore brûlant dans l’œsophage, on quitte la région parisienne. Dès les premiers kilomètres de route, le ton de la rando est donné : il y aura des rires, du partage, des découvertes de l’autre et l’envie d’avancer. Ensemble.

L’autoroute de Pâques commence à se remplir. Un sandwich matinal avalé sur un parking autoroutier et nous voilà presque arrivé à Avallon.

Les longs mois d’hiver auraient pu casser nos muscles en guimauve. Pourtant, on dévore les premiers kilomètres morvandiaux. Sous les pieds, le goudron s’étire dans la chaleur matinale. On oscille entre forêt et route de campagne. On se prend à rêver de vélo et voyages en devenir.
Plus on avance et plus on parle.
Le silence n’existe que pour accompagner nos approbations oniriques.

Quand on aime la montagne – et quand on part sans ne rien connaître de la destination – on découvre la marche plate. Malgré les côtes et les descentes, malgré les vallées et les collines, on apprivoise un environnement relativement plat. Dans ce dédale d’horizon infini, nos yeux ne butent que sur le bleu du ciel. Entourés de colza, de champs aux tiges vertes et de fermes en pierre, on est heureux. Heureux de découvrir ces lieux à deux, heureux de retrouver le poids de nos sacs presque trop lourds, heureux d’avancer au rythme de nos corps.

Un pont, de l’ombre et une rivière.
Un déjeuner, une pause et le bonheur en pagaille.

Sur la route de l’après-midi, une terrasse de café nous invite à ralentir le rythme. Le temps d’un Perrier, on savoure cet air de vacances qui embaume les villages de Bourgogne. Un œil sur la carte, l’autre tendu vers les rayons d’un soleil chaleureux et nous voilà repartis vers le lac de Crescent.

Dans les côtes, sa montre intelligente lui dit qu’il brûle des graisses. Moi, je sens surtout mon corps se liquéfier. Est-ce qu’il a toujours fait aussi chaud à Pâques ?

Le lac est là, derrière ce panneau « Plage interdite. Accès interdit. Véhicule interdit. Baignade interdite. »
Le lac est là, derrière cet énième détour qui nous permettra d’accéder à une plage autorisée.

Le soir se couche sur le Morvan. Dans la mémoire des voyages antérieurs, nos réflexes s’activent. Les pieds cherchent un terrain plat, le regard trouve un lieu où planter la tente. Comme un automatisme réglé sur le tempo des bonnes habitudes, on s’installe. Pendant que l’un fait chauffer l’eau, l’autre gonfle les matelas. Pendant que Lui installe notre palais nocturne, moi, je souris au bonheur d’une simplicité partagée.

Jour 2 : Lac de Crescent – St Père / 29 km / 500 D+

trace GPS randonnée dans le Morvan du Lac de Crescent à Saint Père

Le froid a ce merveilleux pouvoir d’ankyloser la motivation tout en obligeant le corps à bouger. Booster par le froid d’une nuit lacustre, on rembobine les gestes de la veille. Pendant que l’un plie les matelas, l’autre fait chauffer l’eau. Pendant que Lui démonte notre palais nocturne, moi, j’offre aux randonneurs du coin un concerto de gargouillis pour estomac affamé.

L’eau est l’une des principales préoccupations en bivouac. Pour en trouver, on longe une route, on réveille les morts et on remercie les villages de laisser les cimetières ouverts même un dimanche matin. Même aux aurores.

Comme la veille, la journée zigzague d’une forêt à un champ, d’un tableau de fleurs sauvages à une rivière paisible. Sous le soleil dominical, on sent notre peau se teinter de rouge.
Dans notre bulle pédestre, on échange les rires, les réflexions, les débats et les impressions. Blottie dans ce cocon qui se tisse à chaque pas, je sens que ni la fatigue, ni l’effort, ni mon sac presque trop lourd ne sauraient rompre la magie d’une randonnée à deux.

En ce deuxième jour, nous voyons les paysages changer. Le nez bercé par l’odeur de l’ail des ours, nous avançons dans des forêts qui invitent l’imagination à se glisser dans nos poches randonneuses. Toute la journée, c’est le calme d’un sentier peu emprunté qui guide notre allure. Ici et là, nous croisons un randonneur solitaire, des chaussures abandonnées, un duo de jeunes et la sérénité du chemin de Compostelle.
Puis, au bord d’un pont en reconstruction, c’est l’effervescence. Des familles, des couples, des groupes et des solistes profitent de la fraîcheur d’une rivière chanteuse. Comme un rappelle à la réalité si vite oubliée, nous croisons ces badauds du cru qui savourent, comme nous, la richesse d’une région aussi belle qu’amicale.

Je ne sais plus à quel moment j’ai senti la fatigue envahir mes jambes. Dans l’après-midi, le soleil a commencé à étouffer nos rires. Sur des chemins de terres nous avons traversé la monotonie de grands champs. Nous avons suivi les balises qui traversent des villages endormis et j’ai compris que seul mon mental réussirait à me faire tenir jusqu’au bout de l’étape.

J’étais heureuse, j’étais bien, j’étais à ma place mais, mes muscles venaient de se prendre un coup de barre. Comme ça, sans prévenir. Entre deux bâillements, je guidais mes chevilles vers les cimes et les creux des collines à peine ombragées. S’il me l’avait demandé, j’aurais marché jusqu’au camping repéré sur une carte. Parce que, la rando, ce n’est pas qu’une histoire de pieds. La rando, c’est la volonté d’avancer. C’est aussi savoir se reposer. C’est le mental qui prend le relais sur le corps. C’est le corps que l’on récompense sous la chaleur d’une douche. La rando, c’est prendre des décisions pour ne pas se blesser, ne pas se dégoûter, ne pas regretter.

Ce soir-là, nous pensions dormir à Vézelay. Nous avons préféré nous réfugier au camping de St Père. Au bord de la rivière, dans le silence d’un camping municipal accueillant, nous avons répété les gestes de la veille.

Monter la tente.
Gonfler les matelas.
Faire une tisane.
S’installer.
Ralentir.
Vivre.
Être bien.
Être là.

Cette nuit-là, à l’orée d’une rivière rafraichissante, le froid est venu titillé nos rêves.

Jour 3 : St Père – Avallon / 26 km / 500 D+

trace GPS randonnée dans le Morvan de Saint Père à Avallon

L’herbe est haute.
L’herbe est fraîche.
L’herbe transforme nos chaussures en pédiluves.

Dans la partie commune du camping, on profite du sommeil des vacanciers pour étendre nos affaires. Chaque chaise, chaque table et chaque banc est recruté pour servir d’étendage.

Pendant que le café soluble fond sous l’eau bouillante, je regarde les gouttes de rosée rester lovées contre la toile de tente.
À croire que la gravité n’a aucun effet sur l’eau.
À croire qu’il va falloir ranger, transporter et supporter une tente mouillée jusqu’aux sardines.
À croire que nos doigts engourdis par la fraîcheur d’un réveil frileux vont virer au bleu, au violet et au froid le temps de reprendre un rythme ensoleillé.

Cette dernière journée est censée être une petite étape. Pourtant, comme pour les jours précédents, les kilomètres se cumulent sans crier gare. À quel moment la boucle qui ne devait faire que 70 km s’est transformé en rando de 84 km ? À quel moment a-t-on réussi à dévorer les sentiers, chemins et routes du Morvan sans s’en apercevoir ? À quel moment arrête-t-on d’être aussi heureux ?

J’ai toujours aimé flâner dans les rues matinales. À Vézelay, les portes de la basilique nous tendent les bras. Ce bâtiment aussi religieux qu’historique est le point de départ de l’une des principales voies françaises vers Compostelle. Alors, on entre. On visite. On se dit « wahou » et, dans le silence des lieux, on quitte la lumière blanche d’un lundi pascal pour reprendre notre route.

Pour ce dernier jour, on partage des bouts de chemins avec des VTTistes en course.
Ils foncent.
On retire les branches qui pourraient les faire tomber.
Ils accélèrent.
On ralenti le temps pour en profiter jusqu’au dernier mètre.

Les derniers kilomètres ont souvent le goût du réconfort, de cette bière qui nous attend à la maison, de cette douche qui lavera le sel de l’effort et de ce lit où les membres s’étalent sans limite.
Les deniers kilomètres ont souvent le goût du reviens-y, de cette envie de continuer encore un peu, de cette volonté de repartir sur les sentiers d’ailleurs et de ce plaisir de sentir nos muscles s’étirer dans la fatigue.

quatre photos d'une randonnée itinérante dans le morvan

Comme pour clore le chapitre d’une micro-aventure morvandelle, on déjeune au château. Enfin, on déjeune face à un château. Des familles viennent y déjeuner. Nous, on préfère la simplicité d’un pique-nique en bord de route à un repas dans un restaurant orné d’étoiles.

Le dernier carré de chocolat avalé, on sait qu’il ne nous reste que 5 kilomètres pour retrouver la voiture.
La dernière compote dévorée, on ne sait pas que ces 5 kilomètres seront parmi les plus beaux de la rando.

De Pontaubert au parking, on longe le Cousin.
De Pontaubert à Avallon, le Cousin invite à l’évasion.

Sur ce sentier de rivière, l’ail des ours est partout. Le chemin est mono-place. Un pas après l’autre, on louvoie dans cette forêt de beauté et de rêves. Des rochers s’invitent sous nos pas fatigués, une main courante se tend pour traverser un passage délicat.
De l’autre côté de la rivière, il y a la route. Pourtant, au milieu des arbres, du silence et de notre sueur, on se croit seuls au monde. Ici, tout est à sa place. Même nous.

La boucle dans le Morvan se finit dans l’herbe. Étendus à l’ombre d’un début d’après-midi citadin, nous venons de marcher 84 km en moins de 3 jours.
Dans les embouteillages franciliens, la fatigue étire sur nos sourires, le plaisir d’avoir lancé sur un écran trop bleu un « tu viens ? », le bonheur d’avoir répondu un « toujours ! ».

Informations pratiques

📍 Départ – arrivée : Avallon (Yonne)

🚅 Accessible en train : oui (2 h 39 en TER depuis Paris)

⛺ Possibilité de bivouaquer : oui

🛌 Hébergements sur le sentier :

  • camping municipal de St Père
  • camping du Vézelay
  • gîtes à Marigny-l’Église

🚗 Parking : plusieurs parkings gratuits à Avallon

🧐 Pour en savoir plus :  site web du parc naturel régional du Morvan

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