2020 : un bilan en voyages

2020 a commencé dans un port, ou plutôt une marina.
2020 a commencé sur un bateau de bois.

Entre deux bières et trois cacahouètes, nous étions là, à rire des relations franco-chiliennes parfois amoureuses et trop souvent haineuses. Entre deux rires et trois chips, on a rejoint les quelques voyageurs qui voguent d’un monde à l’autre sur leurs bateaux de bois. La salle de la marina était pleine de Français, de Japonais, de retraités qui n’ont rien trouvé de mieux que de nous expliqué que c’était bien beau de voyager mais qu’il fallait travailler, penser à notre retraite. Des retraités qui nous ont sûrement vu comme des enfants perdues.

Les cloches ont sonné. On s’est embrassés, on s’est remerciées pour cette amitié née sous la pluie du sud et nous nous sommes souhaité une bonne année. Puis, je suis partie.
Les cloches venaient à peine de sonné que je l’ai retrouvé. On s’est embrassé, on s’est aimé et entre deux avocats et trois biscuits, on a souri à cette année qui s’annonçait pleine de surprises.

Ce soir-là, entre deux câlins et trois fous rires, on ne s’imaginait pas que toutes les montagnes russes de 2020 n’allaient pas nous faire rire.

2020 se termine loin du port, loin de la marina. Elle se termine dans le froid des Cévennes.
Assise à un bureau presque trop blanc, je finis l’année en écrivant ce bilan d’amours, de rencontres, de retrouvailles et de voyages.

Janvier : le mois de tous les possibles

De janvier, je garde le souvenir d’un cœur papillonnant. Je passe mes matinées avec lui, entre deux lagunes et trois cafés servis sous le porche du stade. On se retrouve sur des marches interdites et on s’endort dans des draps qui ne nous appartiennent pas.
L’après-midi, c’est Elle que je rejoins. On échange nos secrets et partage notre amour pour les cacahuètes. Toutes les occasions sont bonnes pour fêter la vie en goûters-apéros. Ni elle ni moi ne pensions voir naître cette amitié sincère et naturelle au bout du bout du monde.

De janvier, je garde le souvenir de l’été patagon, du soleil qui se couche entre les fjords pacifiques, des volcans qui se maquillent de rose et d’orange et des lions de mer toujours prêts à chiper un bout de poisson. Au milieu de ces souvenirs, il y a mes longues heures de marche, la découverte de quartiers inconnus et la rencontre d’artistes au cœur au moins aussi grand que leur talent.

De janvier, je garde le sentiment que rien de mal ne pouvait arriver, que j’étais là où je devais être, avec Lui, avec Elle, avec ces rêves de livre, d’interviews et de découvertes. Un sentiment de bien-être casanier, de sédentarité éphémère et d’envies d’ailleurs temporaires.

Coucher de soleil sur le Pacifique. Puerto Montt, Patagonie, Chili

Février : le retour au paradis

Je quitte mes lagunes puertomontines pour un retour au paradis. Avec Elle et sa sœur, nous nous retrouvons pour quelques jours de rando, de rires, de thé et de pluie. Dans une improvisation organisée, nous changeons nos plans en fonction des nuages, je découvre qu’une tente peut-être inondée et nous levons nos pouces en direction d’un feu de cheminée. Le bonheur est tel que même les randos sous la pluie, même l’eau qui coule le long de la peau, même une chute complètement ridicule dans de la boue sont de bons souvenirs.

Avec Elle et sa sœur, je redécouvre la Patagonie. Je me rappelle pourquoi j’aime tant ce coin du monde. Même si le soleil joue trop souvent à cache-cache avec des nuages noirs, même s’il à chaque fois, le vert, le bleu, l’émeraude, le blanc et le silence des paysages me bercent dans un sentiment de bonheur, de tranquillité et de Tout.

Mars : le début de la fin

En mars, tout s’accélère. L’été poursuit sa route et remonte lentement vers l’hémisphère nord. Les limaces offrent des visites nocturnes à ma petite maison de bois et la pluie essème ses envies de chute sur la ville.

Entre deux averses et trois potins, je la rejoins pour une balade sur le lac Llanquihue. Assises sur un bateau chilote, nous sentons le temps s’arrêter. Entre deux volcans et trois Chiliens, nous apprécions le silence d’un lac presque trop grand. Sous le soleil de Puerto Varas, ni elle ni moi ne savons que notre amitié va bien devoir s’étirer d’un bout à l’autre du monde.

Dans quelques jours nous déciderons de nous confiner. Elle sur son bateau, moi dans ma maison de bois. Dans quelques semaines, elle partira à Santiago et moi, je rejoindrai la France.

Sans cacahuètes ni bière pour l’apéro-goûter, nous avons fait de cette navigation l’un des derniers souvenirs de notre amitié patagone. Sans avoir le temps de nous dire au revoir, nous nous sommes séparées.

Depuis que je vais et viens entre Puerto Montt et ailleurs, la ville n’a eu de cesse de m’offrir des rencontres plus belles les unes que les autres. Elle est l’une d’elle.

Volcan Osorno vu depuis le Lac Llanquihue, Chili

Avril : la fin du début

Une pandémie ce n’est drôle pour personne. Sauf peut-être pour les Chiliens, les Chiliennes et tous les étrangers du pays qui regardent les discours du ministre de la santé. Entre ses déclarations sur un virus qui pourrait « devenir quelqu’un de bien », son comptage des morts parmi les personnes rétablies / non contagieuses ou encore son idée selon laquelle le système de santé chilien « t’as de la thune ou tu crèves » est l’un des meilleurs au monde ont bringuebalé nos cœurs entre crises de rire et exaspération suprême.

Les chiffres qui ne voulaient rien dire, les morts qui s’entassaient, la peur de devoir retourner un jour à l’hôpital au Chili et mon privilège de migrante blanche détentrice d’une assurance santé m’ont poussé à mettre mes rêves entre parenthèses.
Un avion de rapatriement allait se poser à l’aéroport de Santiago, 6 semaines après le dernier atterrissage. Sans lui dire au revoir, ni à Elle, ni à Lui, ni à Eux, j’ai quitté Puerto Montt. D’un bout à l’autre du monde, j’ai senti mon cœur s’émietter.

L’amour et le voyage ont souvent eu une relation fusionnelle en moi. J’ai traversé l’Atlantique pour le revoir, j’ai marché à Collioure pour l’oublier, j’ai essayé d’enraciner mon sac toujours trop lourd pour lui dire « je t’aime » et j’ai écrit de trop nombreuses lettres d’amours impossibles. Une fois de plus, les amours ont fait partie de ce retour anticipé. Il y a ces amis qui ne m’ont pas accompagné sur le quai de la gare, il y a ce câlin d’adieu qui n’aura jamais eu lieu ni cet apéro-goûter d' »à bientôt ».

Poussée par la peur, j’ai fui le Chili. Poussée par l’envie de leur dire « au revoir », je rêve d’y retourner.

Bateau chilien dans l'Estuaire du Reloncavi, Chili

Mai : des rêves à écrire

Combien sommes-nous à avoir mis nos rêves entre parenthèses ? Combien de migrants, expats, voyageurs et rêveurs en tous genres ont pris ce vol ? Des blogueurs, des amis d’amis et des sourires échangés sous le masque sont rentrés en Europe. Certains, mettant fin au voyage d’une vie, au préambule d’un rêve, à des projets en construction.

Comme trop souvent, le retour n’a pas été facile. Pourtant, je savais que j’avais pris la bonne décision.

En mai, c’est l’amitié qui a fusionné avec les projets de voyages. Sans trop savoir comment, Elle m’a proposé de la raccompagner chez ses parents.
À Brest.
En kayak.
Sans avoir à réfléchir, j’ai dit oui.

À chaque allocution jupiterienne, à chaque annonce philippienne, nous attendions la fameuse phrase « c’est bon les filles, foncez chez Décath, lundi vous pourrez pagayer ! »
Le mois de mai, ou plutôt ses derniers jours, ont été un véritable marathon de l’organisation. Ou presque.
Il n’y a plus aucune pagaie à la vente dans les Décath situés entre Montpellier et Roanne ? Qu’à cela ne tienne, on les achète à Nice !
Il faudra gonfler le kayak pour vérifier qu’il n’est pas percé ? Je note. On fera ça directement sur la Loire le jour J.
Il nous faut le livre « La Loire vue du fleuve » ? Aucun soucis, on le commande et on le recevra pile poil 2 jours après notre départ.
Bref, une organisation comme on les aime.

Montagnes des Cévennes gardoises, France

Juin : vogue Léon, vogue !

Ah, le mois de juin ! La fin du printemps, le début de l’été et le soleil qui brille la pluie qui tombe à longueur de journée. Le mois parfait pour s’embarquer dans l’aventure la plus folle de l’année : traverser la France en duo et en kayak gonflable.

D’abord en zigzags puis en demi-tours inopinés et en échouages intempestifs sur des bancs de sable, nous avançons toujours tout droit vers le Nord. Un coup à droit, un coup à gauche, un coup de « Céline, arrête de regarder les oiseaux, tu t’es encore trompée de gauche » et nous voilà parties pour plus d’un mois de silence, de beauté, de rires, de karaokés et de bivouacs. Un mois loin de tout.

Sur l’eau nous oublions la covid-19, le masque et le confinement. Sur les bancs de sables, nous rêvons d’amoureux et d’amours, nous rions aux souvenirs et transformons une absence de plusieurs années en une amitié aussi solide qu’un kayak gonflable.

Pendant plus d’un mois nous vivons au rythme de nos estomacs (surtout du mien qui a toujours faim) et de nos paupières fatiguées. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que la marée soit montante, nous rions de plaisir, de bonheur et d’amitié. Nous rions aux Dieux, aux cygnes, aux sternes qui appellent notre kayak « Éon » (les sternes ont du mal à prononcer le « L ») et aux tutos-cuisine que nous filmons façons Maïté sans accent.

Pendant plus d’un mois tout ce qui compte, c’est de profiter du moment présent. De l’ici et du maintenant.

Coucher de soleil sur la Loire, France

Juillet : le bout du monde

Se lever avec la marée, manger un bout de pain d’épices directement sur le kayak et pagayer le long des côtes. Nous sommes dans la rade de Brest et le bout du bout n’est qu’à quelques heures d’effort.

Après plus d’un mois en tête-tête sur l’eau, après 3 semaines à enchaîner les écluses et à se prendre pour les stars du Canal de Nantes à Brest, nous voilà presque arrivées au bout du monde.

À droite : Brest.
À gauche : l’Atlantique.


En temps normal Johanna aurait accepté sans hésiter de pagayer jusqu’à New York pour un cookie mais, je crois que ce matin-là, elle avait très envie de faire pipi (ou juste très envie d’arriver chez elle, mais, il me fallait une rime en « i »). Nous partons donc vers la droite (note au lecteurices : ce n’est pas parce qu’on pagaie un mois que l’on acquiert des mots comme « bâbord » et « tribord ». Par contre, on confond beaucoup moins sa droite de sa gauche et ça, c’est déjà beaucoup).

Je découvre son chez elle, ce bout de Bretagne que je ne connaissais pas. Je marche quelques heures sur le GR34, je mange beaucoup trop de beurre pour une intolérante au lactose mais ne bois pas assez de cidre. Je quitte ce petit coin de paradis en me promettant d’y revenir. Bientôt.

Côte du Finistère Nord, Bretagne, France

Août : plein sud

D’un sud à l’autre, j’use mes semelles sur de nouveaux sentiers. Avec lui, j’arpente les chemins de la Côte d’Azur. Je découvre un arrière pays aux forêts verdoyantes et aux rivières émeraudes. Je m’émerveille devant des ponts de pierre, des falaises rouges et des poissons déguisés en léopards. Et puis, je bois la tasse en riant trop fort lorsque le paddle décide de partir au loin, m’abandonnant dans une eau juste trop chaude.

Avant que le mois ne s’éteigne, c’est Elle que j’embarque dans une aventure randonneuse. Pour ce voyage nous avons choisi un point de départ et un autre d’arriver. Pour les relier, nous imaginons qu’il y aura bien quelques sentiers à arpenter. Nous marchons pendant une semaine dans un Verdon oublié des touristes. En journée, nous sommes seules. Nous nous arrêtons toutes les 3 minutes pour échanger quelques « wahou, c’est trop beau ». Le soir, nous buvons de la bière au romarin ou mangeons notre poids en cacahuètes.

Des vacances simples et heureuses. Des vacances pendant lesquelles on oublie les masques, le gel hydroalcoolique et la peur d’un nouveau confinement.

Dans les gorges du Verdon, France

Septembre : de découvertes en aventures

Les frontières entrouvertes, nous profitons de quelques jours de liberté pour nous échapper vers l’Italie. En famille, nous marchons, roulons et zigzagons entre les villages des Cinque Terre. Malgré la pandémie et la fin de l’été, les touristes sont là. Nous sommes là.

Pour me retrouver seule avec mes pensées, je me lance dans un nouveau projet. Avec Ernest, le vélo de mon frère, je découvre le voyage bancal. De chutes en bon gros coup de flip, j’oscille entre les racines, les torus et les flaques de boue du Canal du Midi. Avec des sacoches toujours trop lourdes, je m’entraîne à pédaler sans les mains, je lutte contre la peur de tomber et je fais la course avec les TER qui entrent en gare. Si je les laisse quasiment tous gagner, c’est seulement parce que mes yeux sont happés par toutes les beautés qui entourent le canal.

Une fois sur la route, je ne veux plus m’arrêter. Je pédale jusqu’à l’Atlantique. Les pieds dans l’eau, j’ai atteint, une fois de plus, un bout du monde (dont Cédric du blog From Yukon parle magnifiquement dans cet article).

À peine rentrée dans mes Cévennes adolescentes, je planifie de nouveaux voyages. Je rêve de retourner à Collioure, pas pour l’oublier, mais pour en profiter. Je rêve de Pays Basque, de Mayenne et de Bretagne. Je rêve de ces voies cyclables qui m’ont longtemps fait rêver et qui sont aujourd’hui à portée de roue.

Mais, la suite tu la connais.
Octobre, le confinement.
Novembre, son prolongement.
Décembre, la course aux interrogations.

Une fin d’année entre rêves et espoirs

Peut-être pour échapper au confinement hivernal, peut-être pour continuer à voyager ou pour faire semblant d’avoir une vie « normale », j’ai envoyé mon CV à La Poste. Moins d’une semaine après, je transformais une Berlingo jaune en terrain d’expérimentation. Entre ici et là, je distribue du courrier, je découvre la solitude des personnes âgées, je prends le temps de papoter avec des inconnus car je sais qu’ils ne verront sûrement personne d’autre de la journée. Pour ce premier boulot en entreprise, je découvre la course aux chiffres, les accidents qui se transforment en sanction et les suppressions de postes qui se préparent avec anticipation.

Cette fin d’année a aussi un goût de rencontres virtuelles et de retrouvailles. Avec lui, je rêve de Turquie, avec Elle, je m’imagine dans le Verdon (ou le Vercors les jours où mes mollets me titillent), seule, je roule les cheveux au vent, pour aller le rencontrer, le retrouver et endormir des matins d’été dans des draps blancs.

Comme souvent, l’année se termine sur des envies d’ailleurs. Mon cœur d’artichaut prêt à vagabonder ici et là pour semer des paillettes de couleurs, je prépare ces voyages qui arriveront bien assez tôt.

2021 : des projets en pagaille

Je ne sais pas de quoi sera fait 2021. Est-ce qu’un troisième confinement nous attend ? Est-ce que j’arriverai à me téléporter le temps d’un thé ? Est-ce que je voyagerai à deux ou quatre roues ? Est-ce que je troquerai Ernest pour de nouvelles chaussures de rando ?

À vrai dire, ces questions, je ne me les pose pas vraiment. Je vis l’instant présent, profitant des rires et des découvertes, des mots gentils de mes clients et des renards qui croisent ma route sous la pluie de 6 h 14. Je profite des battements incompréhensibles d’un cœur vagabond, des rêves d’ailleurs et des envies d’ici. Je profite de cette fin d’année comme j’ai profité du port, de la marina. Je profite et savoure chaque seconde seule, avec Lui et avec Elle.

Je laisse 2021 arriver à son rythme. Je la laisse débarquer avec ses surprises et ses envies, avec ses espoirs et ses emmerdes, avec ses amours et certainement quelques miettes de cœur à abandonner au détour d’un virage.

Sans hâte ni impatience, j’attends 2021 me porter vers toi, nous éloigner d’eux, nous rapprocher de nos rêves écrits et m’offrir des instants à vivre, aimer, voyager, rester, partir, rire et… manger des cacahuètes !

2020, merci pour tous ces moments de rêves, de doutes, de miettes, d’amours interdites et d’amitié aimées.

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10 commentaires sur “2020 : un bilan en voyages”