Jour 24 d’un rêve normand

Jour 24 d’un rêve normand,
Néhou

As-tu déjà remarqué comme certaines idées préconçues ont la vie dure ?

Lorsque j’ai décidé de partir à vélo, j’ai réfléchi à un itinéraire plat. Je voulais rouler, le vent dans le dos et sans prendre le risque de perdre mes cuisses en chemin. J’ai donc décidé de longer l’Atlantique, de traverser la Bretagne par intérieur et d’aller en Normandie.

Oui, la Normandie, ce bout du monde que je croyais aussi plat que des Landes du sud, ce petit coin du nord que j’imaginais fait de vastes prairies et de champs dans lesquels il aurait été impossible de faire des roulades. J’imagine déjà ton sourire en coin en lisant ces quelques lignes.
Suis-je vraiment la seule personne de France et de Navarre à ne jamais avoir entendu parler de la « Suisse normande » ?


As-tu déjà remarqué comme certains rêves sont tenaces ?

En quittant le sud, je rêvais de Cherbourg. Je ne savais riens et ce port d’en haut, mais je voulais y aller.
Pour voir.
Pour sentir.
Pour revivre ce sentiment de fin, de bout dont parle si bien Cédric.
Pour regarder l’horizon et me dire que je ne peux pas aller plus loin.

Il y a des endroits qui font battre dans le cœur des envies de conquêtes, d’ailleurs, de découvertes et de voyages. C’était le cas de Cherbourg.

J’ai donc laissé Saint-Malo à ses cars de touristes et j’ai filé droit vers le Mont Saint Michel. J’ai avancé en le voyant grandir dans mes yeux ce monument aux mille histoires. Celle que j’y ai laissé, il y a quelques années déjà, est celle d’une grande sœur qui rêve de connaître mieux son petit frère, c’est celle de vacances à deux et de souvenirs échangés dans le sable de la baie. Le cœur au vent, j’ai laissé ces bribes d’antan  rythmer mes coups de pédales.

Suis-je vraiment la seule personne de France
et de Navarre à ne jamais avoir entendu parler
de la « Suisse normande » ?


Puis, j’ai découvert la Normandie, celle dont le bitume monte et descend dans une frénésie de changements de vitesses. J’ai découvert, que ce petit bout du monde, situé tout au loin de mon sud aimé se dessine dans une succession de hauts et de bas.

Pour atteindre Cherbourg, j’ai roulé, j’ai lutté contre le vent, j’ai rencontré un papi devenu boucher après avoir fait la guerre d’Algérie et j’ai dormi derrière un abri-bus.
Pour rester à Cherbourg, j’ai fait des tours et des détours dans une ville endormie, j’ai bu un café dans un troquet sans autres âmes que celles des touristes qui achètent du camembert, du Calvados et des mugs aux couleurs du cidre.
Pour quitter Cherbourg, j’ai sué sur la côte que j’avais pris temps de plaisir à descendre, j’ai senti mes cuisses me réclamer du repos et mon corps me dire stop.


Après 3 semaines sur les routes d’ici et de là, j’avais réalisé un rêve : atteindre cette promesse d’ailleurs, ce petit port plat, lové entre des côtes interminables.
Après avoir usé les pneus d’Ernest-Modestine sur 1400 km, j’avais écrasé mon idée préconçue : la Normandie est tout sauf plate !

Août 2021 : Toulouse → Bruxelles à vélo et en solo. Lors de ce voyage à vélo et en solo, j’ai écrit des lettres d’amour et de désamour. Réelles ou fictives, elles racontent ce voyage sous le prisme de l’amour, des rencontres, des doutes et de la séparation. Toutes les lettres sont à retrouver ici ou sur Instagram.

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