Demain je pars

“Le voyage, comme l’amour, représente une tentative pour transformer un rêve en réalité.”
(Alain de Botton)

Demain je pars.
Demain je m’envole pour un rêve.
Demain je dirai « à demain », encore une fois.
Demain les tambours qui secoueront mon coeur feront trembler mes larmes sèches.
Demain je pars.

Demain je pars mais ne fuis pas. Je pars pour le revoir, encore une fois … je pars pour que sa guitare rythme mes mots … je pars pour refaire le monde entre deux bières, entre deux leçons de botanique … je pars pour son sourire lorsque mon accent chante son prénom … je pars pour me sentir écraser sous ce ciel toujours trop bas … je pars pour rentrer chez moi … je pars pour l’entendre me parler de Cortazar, de Borges et son amour pour la vie … je pars pour crier avortement et éducation gratuite … je pars pour le voir jouer de la râpe à fromage … je pars pour la cumbia … je pars pour une promesse … je pars pour moi …

Demain je pars mais ne reste pas. Je pars parce qu’on se manque … je pars pour le revoir, lui, lui, lui et eux … je pars pour replonger dans mes souvenirs d’un Chili passé …  je pars pour laisser le vent me fouetter les joues … je pars pour me perdre dans des rues que mes pas connaissent déjà … je pars encore et toujours … je pars pour marcher sur les traces d’espoir que les révolutions ont laissées derrière elles … je pars et je reviens, je pars mais je ne reste pas …

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En réservant les trois escales qui m’atterriront à Santiago je n’avais qu’une vague idée géographique en tête : faire un tour de Patagonie en prenant le temps de manger des empanadas et de boire quelques litres de borgoña.

Puis, en clignant des yeux, j’ai revu le bleu de cette glace dans laquelle mes crampons s’étaient enfoncés et là, j’ai rêvé … j’ai rêvé de bout du monde, d’Antarctique … j’ai rêvé d’un rêve froid et sauvage …
J’ai laissé ce rêve vagabonder dans le creux de ma mémoire et il en est ressorti plus fou que jamais : demain je pars, je pars en ayant peur de l’avion, je pars en ayant conscience de mon impact écologique, je pars pauvre, je pour pour l’Amérique. Non !, je pars pour LES Amériques !

Demain, je pars pour atterrir à Santiago du Chili … pour lui rendre visite à Viña del Mar … pour le revoir, lui, lui, lui et eux à Puerto Montt … pour lever mon pouce jusqu’à Puerto Williams, la ville la plus australe au monde … pour essayer d’atteindre l’Antarctique sans avoir à vendre un rein, ni ma mère, ni l’oeil de mon frère … pour traverser la frontière … pour me poser au coin de la route et soulever une pancarte sur laquelle j’aurais écrit « ALASKA ».

Demain je pars.
Demain j’essaierai de rallier le Chili à l’Alaska via l’Antarctique, en stop, avec un budget qui n’atteint même pas le salaire mensuel d’un sénateur, avec mes peurs et mes angoisses, avec mon sourire et mes rêves, avec mon envie de travailler la terre, avec ce besoin de marcher, avec cette soif de découvertes, avec une tente et un sac-à-dos …
Demain j’essaierai de traverser les Amériques sans itinéraire ni impératifs.
Demain je pars sans savoir quand je rentrerai, ni où je rentrerai.

Demain je réaliserai un rêve, MON rêve.
Demain je ne pars pas pour réaliser un défi ni pour prouver au monde de quoi je suis capable.
Demain je pars pour moi, pour vivre, pour encrer des souvenirs, pour ancrer des sourires. Je pars sans savoir si je réussirai à atteindre mon but géographique. Je pars en laissant la place à l’imprévu, aux rencontres qui feront peut-être faire des tours et des détours à mon coeur d’artichaut vagabond. Je pars parce qu’à 28 ans je ne comprends toujours pas les courriers de la CAF. Je pars parce qu’à presque 30 ans je ne rêve ni d’un prêt sur 25 ans, ni de yoga pour futures mamans ni de congés payés.

Demain je pars parce qu’aujourd’hui, comme hier, je rêve …

 

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