A deux mois du départ

“Voyager est un triple plaisir : l’attente, l’éblouissement et le souvenir.”
(I. Chase)  

Dans deux mois je pars. Deux mois, le temps de gestation d’une louve, le temps de faire mon sa, le temps de l’embrasser une dernière fois, le temps de l’aimer une première fois, le temps de décoller, le temps de réaliser que je m’apprête à traverser les Amériques en stop. Deux mois.

Avec des « si » mon sac serait sur mon dos …

Si la virtualité d’internet était ma Bible, à deux mois du départ, je serais certainement en train de m’entraîner à plier mon linge en moins de 30 secondes. J’apprendrais à agrémenter les soupes lyophilisées d’un curcuma sans goût, j’emprunterais tous les Routards d’Amériques pour ne manquer aucune pierre, aucun pancake au manjar. Je cocherais ma “check-to do list de veille de voyage”, je prendrais note des modalités d’entrée pour chacun des 35 pays du continent. Et puis, je filerais au Vieux Campeur pour le vider de son meilleur matériel. Je penserais à demain en oubliant aujourd’hui

Mais, la réalité d’internet n’est pas mon Coran alors je prépare mon voyage à ma manière : je viens une semaine de 35 jours à Lille, je rencontre, reconnais, découvre de nouveaux sourires à aimer. Je danse avec la flûtiste, je m’assieds dans l’arrière-boutique d’un œil de verre, je la regarde aimer, je le regarde l’aimer. Je replonge dans des souvenirs heureux, je me plonge dans des bras cinq ans plus vieux. J’enfonce mon envie d’écrire dans ce canapé de lendemain de soirée, je revis le Chili à travers son accent chantant, sa borgoña fraisée, son pebre improvisé, son pisco français. Je découvre que mon sourire peut être source de bonheur, d’ennuis, je lutte à ma manière contre le harcèlement de rue. Et surtout j’ignore ce trentenaire pour qui mon projet est une prise de risque inconsciemment inutile.

… mais dans la réalité, mon cœur est à terre

Dans deux mois je pars et à deux mois du départ je vis intensément chaque rencontre. Je fais naître en mon sourire un artificier amoureux, heureux, je laisse mon cœur aimer ces yeux que je ne reverrais peut-être qu’en rêve, je livre des miettes de vie aux oreilles attentives de ces nouvelles amitiés. Avant mon départ je vogue de terrasses en kebabs, de soirées en concerts, je découvre des frères en devenir, je décide de faire de l’éphémérité des rencontres mon plus beau cadeau de départ.

Dans deux mois je pars et à deux mois du départ mon compte en banque est nu. Je n’ai ni sac-à-dos, ni chaussures, ni tente, ni boussole. A deux mois du départ je bronze sous la pluie lilloise. Je ne sais toujours pas dans quelle direction me perdront mes pieds au sortir de l’aéroport mais je rêve de le revoir lui, et lui, à Barcelone, à Lisbonne pourtant, j’oublie de prendre le temps de lui dire au revoir à lui, lui, lui et eux.

Dans deux mois je pars et, à 60 jours du départ je ne réalise toujours pas que dans deux mois je pars.

Et toi lecteur, tu es plutôt du genre à bien préparer un voyage ou à tout faire au dernier moment ?

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7 commentaires sur “A deux mois du départ”