Marions-moi !

Lorsque l’on décide de s’expatrier il faut penser à tout : aux livres qui garniront notre nouvelle bibliothèque, aux bilans de santé qu’on ne pourra pas se payer dans le pays le plus libéral au monde, aux personnes à qui dire au revoir ou à bientôt, aux kilos de chocolats à apporter de l’autre côté de l’Atlantique et au visa indispensable pour ne pas sombrer dans l’illégalité. Oui, ce fameux document qui décore le passeport déjà bien tamponné, ce petit bout de papier qui change le nom en numéro, ce fameux visa que je n’ai pas eu pendant un an et que je n’ai toujours pas …
Les 90 jours du visa touristique arrivent à leur fin.
Vite, Céline, réfléchis bien, réfléchis vite : tu n’as ni travail, ni argent sur ton compte. Tu n’es ni retraitée, ni bonne sotuer, ni étudiante, ni investisseur. Tu n’as pas d’enfant chilien et tu ne peux plus vraiment sortir du pays au risque d’entendre un douanier bedonnant te dire : « Désolée, mam’zelle, mais vous ne pouvez plus rentrer au Chili, vous nous avez déjà trop fait le coup du renouvellement du visa touristique et vous n’allez pas me faire croire que vous avez besoin de toute une vie pour visiter les 3 rues de Puerto Montt ! »
Et surtout, surtout, tu ne peux pas prendre le risque de rester illégalement au Chili (tes aller-retours à l’hôpital sont un vrai frein à la clandestinité !)
Réflexion dite, réflexion faite, la seule solution semble donc être le mariage.

Un grain d’amour, un soupçon de nécessité, un brin de folie, un ami pas comme les autres et une nuit de conversations sans queues ni tête et voilà que S., mon coloc, me regarde droit dans les yeux et de la manière la plus romantique pragmatique qui soit me dit : « Bon, ben si vraiment il n’y a pas d’autres solutions pour que tu restes, on n’a qu’à se marier ! »
Il nous aura fallu que deux petites semaines pour se passer la bague au doigt et « embrasser la mariée ».

Je suis donc heureuse de vous annoncer que depuis le 12 juin j’ai une nouvelle bague (et accessoirement un mari). Oui, je sais, normalement on envoie un faire-part avant d’envoyer le compte-rendu du mariage mais, avec S. on ne fait pas vraiment les choses comme les autres. Pour rire de notre folie jusqu’au bout, on est parti en « lune de miel » pré-mariage pour découvrir la Patagonie en stop, bus, bateau et à pied en hiver.
Et puis, quitte a avoir un mariage, pas comme les autres, on a tout misé sur le rire. Pour la micro cérémonie on était 6 : les mariés, les deux témoins, la juge et une invitée que je connaissais à peine. On s’est marié à 9h du matin avant de cuisiner un énorme petit-déjeuner de mariage au goût de sieste collective sur les canap’. Sans parapluie ni voiture, on est allé à la mairie en bus et à pied sous le regard amusé des employés de bureau. On a explosé de rire lorsque la juge nous a annoncé d’une voix d’antique prêtresse qu’on se marie pour « procréer ». J’ai retenu les larmes de rire lorsque la juge m’a rouspété parce que « un mariage ce n’est pas drôle. C’est du sérieux. » Trop concentrée à prendre mon air de femme heureuse mais pas trop quand même parce que le mariage c’est sérieux, j’ai oublié d’écouter le reste des obligations matrimoniales. En même temps à quoi bon, ce mariage se terminera un jour  ou l’autre en divorce.
Peut-être que ce jour là nous partirons en « lune de miel » pré-divorce,  en bus, stop, bateau et à pied, sous le soleil patagon.

Mains et bagues des mariés

Revenons-en au but ultime du mariage : les papiers.
Depuis le mariage j’ai donc une bague, un mari, un livret de famille mais toujours pas de visa !
Les Français ont souvent tendance à se plaindre de leur bureaucratie mais je vous invite à venir découvrir la paperasse chilienne : un véritable joyau de labyrinthe inutilement fastidieux. Entre l’attestation sur l’honneur de mon mari qui jure devant un notaire de m’entretenir (la bonne blague pour une féministe plus riche que son époux), un patron qui oubli de payer les cotisations obligatoires pour ses employés, des extraits d’acte de naissance à tout va, des photos,  des photocopies, des originaux, des secrétaires aimables comme des chaussettes sales et Gladys, la responsable de la migration qui me pose des questions farfelues, je ne suis pas sûre d’avoir un visa avant de repartir du Chili.
Mais bon, jeune, mariée et optimiste, je ne perds pas l’espoir d’avoir enfin, un jour, peut-être, un titre de résidente temporaire.

Mais après tout, pourquoi vouloir à tout prix rester au Chili ? C’est vrai, la Terre est grande et il ne manque pas en son sein des paysages à couper le souffle, des cultures à  retourner les papilles, des âmes à faire chavirer…
Pourtant c’est bien à Puerto Montt, kilomètre 0 de la « Carretera Austral » que j’ai décidé de poser mes valises (voir l’article Mon non retour). Peut-être que ça va vous sembler bien peu pour se marier, mais pour moi, vivre aux pieds des Andes, sentir le vent venu tout droit de l’Antarctique réveiller mes poumons, prendre le temps de voir des dauphins danser avec des manchots, rencontrer des gens solidaires et chaleureux,  m’asseoir près du poêle à bois et me plonger dans les poèmes de Neruda, rentrer chez moi et voir que des amis ont installé une batterie au milieu de mon salon, avoir le privilège d’écouter de la cumbia en live dès que G. (Cumbia e tu madre) vient me rendre visite, ça vaut tous les mariages (en) blanc.

Ce ne sont là que des détails de ma vie puertomonttine mais ce sont ces petits riens qui m’ont attiré et retenu ici, entre le Pacifique et les Andes. Ici, loin de mon pays natal. Ici, dans mon pays adoptif. Ici, chez moi

 

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9 réflexions sur “Marions-moi !

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  6. Alors toujours mariée ? Jaja
    J’ai vachement hésité au Mexique quand j’ai vu ma galère que c’était pour rester. J’ai même eu une proposition, mais la bague au doigt, moi jamais ! Tant pis, j’y retournerai, je trouverai une autre solution… En attendant on va tacher de bosser l’espagnol. Mon suffisant pour vivote n’est pas suffisant pour dégoter qqch de vraiment intéressant.

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    • En cours de divorce!
      Mon coloc ayant une petite-amie et un bout de chou de 3 ans et que je suis repartie sur les routes, nous allons divorcer. Normalement dans quelques jours le divorce de fait sera prononcé.
      Il fallait faire un choix: le mariage ou l’illégalité. N’ayant pas forcément envie de me prendre la tête avec les autorités locales et mon compte en banque ne me permettant pas d’obtenir une autre sorte de visa, j’ai opté pour la robe blanche.

      Il n’y a pas encore de PVT pour le Mexique? J’espère que tu trouveras une façon d’y retourner: il y a toujours une manière de réaliser ses rêves 😉

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  7. Pingback: Les expats’ ! | – Voyages d'une plume –

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