Virgencita de la Candelaria: entre religion, capitalisme et chinoiseries 

«Imagine there’s no countries
It isn’t hard to do
Nothing to kill or die for
And no religion, too
Imagine all the people
Living life in peace»

(J. Lennon) 

« C. , prépare tes affaires, on bouge dès que j’arrive. »

A peine le temps de raccrocher que me voilà arrivée à Carelmapu, petit village côtier où la terre est verte, l’Océan bleu, la marée rouge.

A peine descendue du bus, l’ambiance de fête envahie mes pupilles dilatées. Lors de mon dernier passage à Carelmapu, les trois rues du village n’étaient remplies que de maisons aux tuiles bancales, d’ados à vélos, d’odeurs iodées. Aujourd’hui, les quatre rues du village s’emplissent de curieux, de dévots, d’odeurs de barbecue.

Entre les passants et croyants on se fraie un chemin vers la mer.
Dans quelques minutes le spectacle commencera.
Dans quelques minutes la messe terminera.
Dans quelques minutes je comprendrai enfin cette chanson qui me fait sourire te danser depuis plusieurs mois (« Virgen de la Candelaria » de Cumbia e’tu Madre).

Debout sur le quai, je les vois entrer un à un dans le froid du Pacifique. Avec leurs combinaisons noires, ils se préparent. Certains nagent jusqu’au calme des vagues, d’autres profitent du silence maritime pour se raconter les derniers potins des cinq rues du village.
Debout sur le quai, je les vois sortir à la chaleur du coucher de soleil estival. Avec leurs combinaisons noires, ils s’installent en lignes. Les femmes et les enfants aux premiers rangs, les hommes au plus près de la rive.
Debouts sur le quai, ils reçoivent la bénédiction du prêtre. Avec leurs combinaisons noires les plongeurs de Carelmapu s’apprêtent à rejoindre la Vierge.

Une chaîne humaine se forme autour des marcheurs. La foule se forme autour des plongeurs. Ensemble, nous marchons vers l’Église. Là, nous attendent une voix, une guitare, un « Ave Maria », une foule. Prêts pour leur heure de Gloire, San Pedro et la Virgencita ont été parés de leurs plus beaux habits azur et or.
Des cierges, allumés dans le sable, s’accordent aux étoiles naissantes de la procession.

Trop loin pour voir la scène, j’imagine, aux mouvements des saintes statues, les plongeurs transformés en porteurs. Les foules, réunies, se dirigent vers la mer pendant que moi, je prends de la hauteur pour sourire à cette marée humaine, silencieuse, Pacifique.

Les bateaux, récemment fleuris, seront les hôtes des saintetés le temps d’une prière. Pour les accompagner aux larges de la baie, les pêcheurs restés à terre laissent s’envoler des fusées de détresse. Rougissant la lune, les fusées lancent un appel à la fête, à la beauté, au désespoir des croyants venus promettre.
Il est temps pour moi d’abandonner la cérémonie pour une autre fête, athée, païenne, isolée.

A quelques kilomètres de Carelmapu, entre le canal de Chacao et Mar Brava, une maison aux mille énergies vertes se dresse sur la colline. A l’intérieur nous attendent quelques agnostiques fuyant la folie religieuse. A l’extérieur, l’univers se libère de toute contamination lumineuse et étend ses galaxies à l’infini.

Les bières passent, les heures se boivent et, sans crier gare, un bateau de croisière vient rompre le silence du canal. Dans quelques heures, pendant que moi j’irai cueillir des fraises dans le potager, lui éteindra ses fenêtres étoilées sur Puerto Montt.
Emerveillée par le monstre, je repense à ce reportage sur le coût environnemental des bateaux de croisières.
Beauté.
Rage.
Désespoir.

A l’aube s’achève une nuit de rencontres. A l’aube, je découvre l’autre visage  de la fête.
Entre les passants et les vendeurs ambulants j’essaie de se frayer un chemin vers la terre.
Les six rues de Carelmapu sont envahie par la foire.

Brochettes, empanadas, completos, barbe à papa … tous les dix mètres on trouve de quoi faire voyager nos papilles.
Ranchera, rock, guitare et accordéon … tous les cent mètres, on trouve de quoi faire danser nos oreilles.

Emportée par la foule, je marche avec pour seul but, celui de ne pas m’égarer, entre les stands de chinoiseries, les bondieuseries et la consommation compulsivement excessive.
Chaussettes, épluche légumes, bijoux, tresses … Les vendeurs proposent de l’artisanat 100% made in China, 100% industriel, 80% tombé du camion.
Emportée par la foule, ma non croyance reçoit une nouvelle claque de capitalisme effréné que, ni le Pape ni la Vierge, sauront arrêter dans le pays le plus libéral au monde !

Libérée de la foule, on m’invite pour un maté. Dans cette maison de pêcheurs-plongeurs j’apprends que cette année les sept rues du village étaient quasiment vides: peu de passants, peu de croyants, peu de vendeurs ambulants …
Cette année, les gardes côtes, encore hantés par la tragédie de 2010 et la mort de dizaines de personnes en mer, n’auront autorisé la Vierge a inviter que quatre bateaux lors de sa procession maritime (jusqu’en 2010 toutes les embarcations du port prenaient le large le temps d’une prière) … Cette année, seule la lune a été autorisée à briller: ni les torches des plongeurs-porteurs  ni les feux d’artifices n’étaient au rendez-vous. Selon certains l’Église a préféré économiser en cas de nouvelle marée rouge, pour d’autres il s’agit d’un acte symbolique, de solidarité envers les victimes des incendies qui ravagent le centre-sud du pays, enfin, selon les plus médisants, le curé se sert dans les caisses de l’église, oubliant d’y laisser quelques deniers pour sa Virgen de la Candelaria …

Entre bondieuseries, chinoiseries et communion, je rentre à Puerto Montt le cœur chargé d’émotion(s), les souvenirs remplis de procession et les doigts courant sur mon petit carnet pour vous raconter ma Virgencita de la Candelaria …

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