Rivière sur la route de l'Est, Slovénie

Cap à l’Est : quand les galères s’enchaînent

Le temps passe, les kilomètres s’usent sous mes semelle et pourtant je n’avance pas. Ou si peu. La frontière italienne n’est jamais très loin. L’Est, quant à lui, semble être à l’autre bout du monde.

Cette deuxième semaine en terres slovènes, je la passe seule. Ou presque.

Si tu as lu ma note de lundi dernier, tu sauras que j’ai passé mes premiers jours slovènes à suivre un inconnu, à chercher le soleil et profiter de la pluie pour découvrir les cafés de Ljubljana, la capitale.

Un week-end tout en douceur

Samedi j’ai dit au revoir, à bientôt peut-être, à mon compagnon de route breton. Il a pris la route du Sud et moi je suis retournée à Bled.
Si la ville ne m’avait pas plu lors de notre première rencontre, je dois avouer que pendant ces quelques jours en solitaire je me suis laissée séduire par ce lac si instagrammable. Lors de mon arrivée la brume, le froid et la pluie recouvre l’île d’un mystère heureux. Les eaux noires du lac emportent mon imagination auprès de Dracula et de ses compères. Y-a-t-il des vampires dans les forêts imaginaires des contes slovènes ?

Le lendemain le soleil est de retour. Et les touristes aussi.
Je prends de la hauteur avant de me perdre dans les alentours du petit village. Car Bled, ce n’est pas seulement un lac, une île et des milliers de likes sur les réseaux sociaux. Bled c’est une campagne aux champs de mille et une fleurs, ce sont des rivières, des forêts et tous ces couples qui promènent leurs chiens à deux. En amoureux.

En saluant ces amours champêtres une pointe de nostalgie m’envahit : j’aime le voyage à deux. Entre amoureux, avec une amie, un inconnu ou entre mère et fille. J’aime pouvoir être seule et accompagnée. J’aime la complicité et la liberté qu’offre un duo. Alors, supporterai-je être seule ?

Las de Most Na Soci, Tolmin, Slovénie

Mardi : prendre le temps d’être en retard

Aujourd’hui, c’est retour à la case départ.
Ce soir je dors près de Most Na Soci, là où j’ai quitté le sentier E7 pour partir à la poursuite du soleil. Mais avant, je rencontre Patrick. Dans ses veines coule du sang slovène et, depuis une quinzaine d’années, c’est ici qu’il vit, près de Most Na Soči.

Pour son anniversaire il entre dans mon monde : nous faisons tout à pied, ou presque. Du lac de Bled nous rejoignons les Gorges de Vintgar, nous les longeons entre sourires et silences puis, il m’invite à découvrir son petit coin de paradis. Dans la journée il m’a dit que c’était un « nomade sédentaire ». Il pourrait être nomade mais a les pieds biens enracinés ! En découvrant la sérénité des paysages qui entourent son quotidien je comprend qu’on puisse céder à la tentation de se sédentariser. Et comment ne pas finir de tomber sous le charme de son micro village lorsque, pour aller manger une pizza, nous traversons un champ de fleurs sauvages ?!
Merci Patrick pour cette journée faite du bonheur de la simplicité.

Gorges de Vintgar, Bled, Slovénie

Mercredi : 25 Km sans rivière

Pour atteindre le soleil avant qu’il ne se lève, je décide de filer vers le Sud.

Je rêve de longer les eaux turquoises de la Soča, cette rivière entraperçue aux pieds du pont Napoléon à Kobarid. J’emprunte des chemins, suis des routes et zigzags vers la cime de collines. Les champs sont fleuris, les sourires s’affichent aux lèvres des paysans, les arbres m’accompagnent ici et là mais rien, aucun signe de la Soča. Ou presque.
Il faut croire que j’ai pris trop de hauteur aujourd’hui. Alors, la Soča je ne la vois que de temps en temps. Je la devine derrière des branchages feuillus et à chaque rencontre je ne peux taire un cri de joie. Elle est là, cachée, mais elle est là.

J’arrive à Kanal après avoir marché 18 Km sans vraiment longer la Soča. Alors, je continue. Je continue jsuqu’au prochain pont. Ou celui d’après.
Je continue en suivant la ligne de chemins de fer, en traversant une carrière, en longeant une immense cimenterie.

La fin de la journée n’est pas la plus palpitante de mon séjour mais, c’est ça aussi le voyage : des paysages décevants, des programmes trompeurs et cette irrésistible envie de trouver un bon lit pour se caler devant Netflix !

Jeudi : 20 Km d’urbanisation

C’est lorsque l’on marche, que l’on cherche un endroit loin des regards de l’Autre que l’on s’aperçoit que l’Homme prend énormément de place.

Toute la journée je marche sous la pluie, sur une piste cyclable, sous le soleil, le long d’une nationale.
Autour de moi l’Homme est partout. Sur chaque montagne, sur chaque rive de la Soča l’Homme s’installe et s’étale. Ai-je vraiment le droit de le blâmer ? Moi aussi je rêve d’une grande maison…

Pourtant, aujourd’hui tout ce goudron me dérange. Sur la nationale qui me conduit à un camping je risque ma vie. Personne ou presque ne se déporte alors, j’emploie les grands moyens d’une petite marcheuse : je tends mes bâtons de marche sur la route. Les voitures n’ont plus le choix : soit elles se déportent de 50 cm soit elles s’offrent une belle rayure. Vu leur réaction, il faut croire que la carrosserie de leurs véhicules a plus de valeur que ma vie.

Pour oublier le danger des voitures j’ai mis de la musique, au hasard. Beirut a égayé ma route

Vendredi : 20 Km tracer les sentiers de sa propre route

Je quitte la vallée. Je quitte l’asphalte et la vie bruyante. Je prends de la hauteur et décide de découvrir la vallée de la Vipava par les crêtes.

En montée chaque pas est un effort. Après plus de 100 Km parcourus, rien n’a changé : quelque soit le dénivelé j’avance au rythme d’une limace en vacances. Qu’importe ?! La lenteur est celle que m’impose mon corps malade, mon corps tordu, alors je l’accepte.

Loin des voitures tout est beau. Je passe la journée à sourire aux inconnus, j’accepte l’invitation d’une mamie à m’asseoir sur banc 5 minutes avec elle, j’écoute un papi me parler de sa vie en France, de maçonnerie, de poésie, de sexualité et de nourriture.
Et puis, je me perds. Je suis les tracés de chemins qui n’existent que sur mon téléphone et je fonce tête baissée dans la nature. Je laisse le moins de traces possible. Je fais le moins de bruit possible même lorsque des larmes inutiles essaient de se frayer un chemin jusqu’à mes rétines.

Lorsque la motivation se fatigue un écureuil apparaît. Je lève la tête et, à quelques centimètres de moi, un énorme renard avance au rythme d’une limace en vacances. En un regard j’ai senti mon corps se recharger d’une énergie nouvelle. En un regard je me suis rappelée pourquoi je suis en Slovénie : parce que j’aime le Monde.

Rivière sur la route de l'Est, Slovénie

Un week-end de galères pluvieuses

Après ma première nuit de bivouac en solitaire, je décide de rejoindre un camping pour le week-end. Après les pluies je partirai à l’assaut de montagnes pour rejoindre, si je ne me perds pas, Idrija, une ville plus au Nord.

En attendant, je profite du chant des gouttes pour lire, écrire, vous raconter ma semaine de marche et reposer mon genou fatigué. Enfin, c’est ce que je croyais.

La nuit le vent souffle, la pluie s’abat sur ma tente. Seule au milieu du camping d’Ajdovščina mes cauchemars prennent vie. Le toit de ma tente touche le double-toit. L’eau s’infiltre de toutes parts. J’essaie tant bien que mal de séparer les tissus pour continuer à rêver d’une croisière en haute mer mais rien n’y fait : le vent est si fort qu’il en arracherait presque les sardines ! Je ferme les yeux et essaie de penser à autre chose. Bizarrement je rêve d’une gélatine géante qui me touche l’avant-bras. J’ouvre les yeux et la gélatine onirique n’est autre que ma toile de tente. Un arceau a cédé. Vite, je prends mon courage à de mains, je bois mes larmes de fatigue et essaie de tout réparer. Le combat entre ma tente, les éléments qui se déchaînent et ma fatigue est rude.

Rien ne sert de faire durer le suspens : je perds.
Ma tente elle, meurt dans une dernière envolée solitaire.

Dimanche. 6h00. Moi qui rêvais d’une grasse mat’ réparatrice… Les cafés sont fermés, les bus à l’arrêt. Je lève le pouce en direction de Nova Gorica, la frontière italienne. Là-bas il y a un Décathlon. Ou pas.
Une jeune étudiante aux ongles plus longs que ses doigts, au blond plus blond que le soleil s’arrête. Au lieu de réviser pour ses examens elle m’accompagne faire le tour des magasins de sport. Rien. Aucune tente digne de ce nom. Tant pis. Elle me trouve un hôtel et me laisse seule face à mon écran.

Demain je prendrai la route du centre commercial. Je n’ai pas le choix : pour continuer l’aventure je vais devoir me trouver une nouvelle maison de toile.

Et toi quelle a été ta pire galère de voyage ?

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