Amours de voyage, amours d’une vie

 » L’amour est un voyage aux diverses destinations, celles du rêve et des illusions confondues. »
(Jo Coeijmans)

Sur le quai de la gare, les gens s’entrechoquent, les sacs se bousculent, l’odeur du pop corn chatouille mes narines et mon cœur, lui, dessine un dernier sourire sur mon visage immobile.

Son bus part. Un dernier au revoir et je cours me réfugier sous la pluie nocturne. Mes larmes se noient dans le Pacifique. Les êtres étranges de la Perotá Chingó se noient dans mes oreilles.

Ce soir il est parti.

Ce soir je suis restée.

Comble de l’ironie pour une voyageuse, n’est-ce pas?!

Sur le chemin du retour, je pense à tous ces sourires croisés, à ces bouches frôlées, à ces nuits oubliées, inoubliables.

Au pas de course reviennent à moi mille et un souvenirs d’amours en voyage, d’amours de voyages.

Certaines m’auront fait rester, d’autres m’auront fait voyager, d’autres encore se seront cantonnés à quelques regards échangés alors que ma bouche n’aura pas su laisser jaillir les feux d’artifice de mon cœur passionné. Quelles qu’aient été leur durée, leur réciprocité ou leur intensité, tous auront laissé en moi des poèmes muets, des chansons à fredonner, des mots à étaler.

Sur le quai de la gare je me sépare de l’une de ces rencontres qui m’aura volé de nombreuses heures de sommeil sans jamais le savoir.

Ne pas réussir à parler, à exprimer ses sentiments, comble de l’ironie pour une blogueuse, n’est-ce pas ?

Pour ne pas laisser mes souvenirs se noyer sous des larmes inutiles je passe le reste de la soirée à lire des blogs de voyage. Envie de vivre par procuration des histoires d’amour mondiales. Besoin de légèreté.

De clic en clic je découvre de nombreux textes mettant en garde les cœurs enracinés: ne JAMAIS tomber amoureux/amoureuse d’une fille qui voyage!

Etre mystique, magique, la voyageuse est souvent décrite comme une créature venue d’un autre monde, d’un monde de passions et de folies. La voyageuse, cet être libre prêt à escalader mers et déserts, à traverser monts et nuages pour un simple baiser vous fera souffrir…

Si je me retrouve dans certains traits de ces personnes pour qui « chez moi » peut-être le prénom d’un amour fusionnel, impossible, platonique, je n’y trouve pas le réconfort escompté. Bien au contraire, ces textes essaient de me convaincre que quelque soit mon âme sœur du moment je lui briserai le cœur pour en emporter quelques miettes avec moi, au loin.

Nous, voyageuses, éternelles amoureuses, nomades, faisons-nous si peur que ça ? Sommes nous si différentes des travailleurs qui n’ont que 5 semaines de vacances par an ? Devrait-on seulement tomber en amour pour des voyageurs, ces êtres prêts à naviguer monts et glaciers, à courir au delà des sept mers pour un simple baiser ?

Si tel est le cas pourquoi aucun blogueur, poète ou pseudo écrivain ne m’a jamais mis en garde contre les sédentaires ?

Mon cœur d’artichaut a appris l’amour sur la route, sur cette route qui croise et recroise des chemins de vie. Bien souvent un regard me suffit pour savoir qu’au prochain carrefour mon cœur s’en ira vers de nouveaux horizons pendant que le sien rebroussera chemin.

On a parfois essayé de me faire croire que derrière ma carapace de baroudeuse amoureuse se cachait la peur. Peur de l’engagement. Peur de la sédentarité. Peur d’un je-ne-sais-quoi qui me ferait prendre des risques lors de chaque décollage.

J’y ai cru.

Pourtant, ce soir, sur le quai de la gare son départ m’explique que je n’ai jamais eu peur.

Au contraire, lorsque je voyage je laisse mon cœur s’ouvrir à toutes les rencontres. Je le laisse s’offrir à un inconnu d’un soir, murmurer dans le silence d’un sac de couchage un « je t’aime » inaudible, traverser l’océan pour un amour impossible, déménager pour espérer le revoir, apprendre à marcher sur la glace pour ne pas perdre ses pas …

Sur la route j’ai appris à vivre dans l’éphémère. J’ai appris à ne pas avoir peur de mon amour, de mes amours. J’ai appris à aimer sans conditions, le temps de faire exploser une passion momentanée.

Sur la route j’ai décidé de me laisser aller, de donner sans compter car aucun dernier au revoir ne saura étouffer le bonheur ressenti le temps d’un sourire, d’un trajet de métro, d’un tour du monde…

Sur le quai de la gare, alors que les gens s’entrechoquent, les sacs se bousculent et que l’odeur du pop corn chatouille mes narines, je décide de partir. Demain un bus m’envolera vers le nord. A quelques kilomètres de son nouveau « chez lui » nos routes se recroiseront et, qu’il soit impossible ou non, je lui offrirai, pour le reste de ma vie, l’unique bien que je possède en voyage : mon cœur de voyageuse passionnée, passionnelle. Car, comme le chante Victor Jara, « la vie est éternelle en cinq minutes »

Statue des amoureux, Puerto Montt, Chili

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

6 commentaires sur “Amours de voyage, amours d’une vie”