Auto-stop : témoignage et conseils pour se lancer seule ou acompagnée

« Plus nous entrons dans l’inconnu, plus il nous semble immense et merveilleux. »
(Charles Lindbergh)

Faire du stop. Pour certains il s’agit d’inconscience comme si tous les psychopathes du monde avaient le permis et une voiture. Pour d’autres, c’est de l’égoïsme, de l’opportunisme ou un je ne sais quel « -isme » négatif qui sous-entend que celui qui voyage le pouce en l’air n’a d’autre ambition dans la vie que celle de profiter de la générosité des automobilistes. Pour Elle, pour Lui, pour moi, c’est un voyage, une façon de vivre, de voir et d’arpenter le monde qui nous entoure.

Aujourd’hui je te propose d’arrêter de regarder le monde avec notre porte-feuille pour l’admirer avec nos rêves. Aujourd’hui j’ai envie de te raconter mon stop, celui d’une curieuse, souvent timide parfois bavarde ; le stop d’une baroudeuse qui voyage pour rencontrer, apprendre l’autre, s’apprendre soi-même. Aujourd’hui j’ai envie de prendre le temps de partager avec toi ces quelques heures de voyages, ici et ailleurs, seule ou accompagnée pour te montrer que le stop n’est ni égoïste ni dangereux.

Faire du stop. Le geste est simple, lent, parfois long. Trouver une route, tendre le pouce vers l’inconnu, vers ces inconnus qui seront sortis de chez eux pour acheter une baguette, pour accompagner les enfants à l’école ou après avoir claqué la porte de chez eux, leurs cliques et leurs claques empilés à l’arrière d’une vieille BMW, les larmes de la séparation inondant un GPS maladroit. Tendre le pouce et offrir à cette voiture qui s’arrête le sourire de l’aventure.

Selfie joie auto-stop

Mes souvenirs sont confus mais je crois que j’ai commencé à faire du stop ici, dans les Cévennes. A 13 ans on quitte la région parisienne, le RER C, le métro, les jours de grèves et la facilité d’habiter en ville. A 13 ans on déménage, le sud, les montagnes, pas de bus, pas de sortie shopping le mercredi après le collège.
Alors, pour se rendre en ville, le stop s’impose et expose dans mon cœur d’adolescente un goût pour l’autre. Si je ne suis pas en bord de route, je suis souvent dans la voiture, côté passager. Ma mère, voyageuse dans l’âme, s’arrête parfois. Souvent. Presque toujours. Elle aussi a fait du stop étant jeune, ou pas. A 40 ans elle a décidé de quitter les abords des pistes d’aéroport pour le Sud. Un sac sur le dos, ses enfants entre de bonnes mains, elle est partie, seule, trouver une maison sous le soleil. A son retour et à notre départ, la voiture était pleine de nous, de rêves et d’appréhension pour cette nouvelle vie. Pas de place pour les autostoppeurs, pas cette fois-ci.
Lorsque la voiture est vide, c’est sans a priori et sans crainte que nous ouvrons nos portes à des touristes, des étudiants, des Cévenoles ou peut-être de jeunes divorcés à la recherche d’air pur. Eux, Elle et moi partageons un bout de route, un bout de vie.

Ensemble nous nous échangeons quelques mots, une conversation, parfois des confidences. Entre ici et là nous découvrons des cicatrices laissées par un accident de voiture, la fierté d’un père à la vie sacrifiée pour offrir des études supérieures à ses enfants, les larmes d’un autre qui ne parle plus à sa fille enceinte d’un mauvais garçon. Entre ici et ailleurs un chauffeur routier nous donne un cours de bio sur les guanacos (une sorte de lamas pour ceux qui ne connaissent pas), un autre me fait écouter des comiques chiliens car je « ne peux pas quitter les pays sans les connaître », une dame m’explique qu’elle ne prend jamais personne en stop mais que j’ai une bonne bouille, et un jeune me demande si j’ai un couteau sur moi et que j’envisage de l’attaquer. Entre là et ailleurs les paysages défilent au son des partages de bout de vie, parfois anodins mais qui souvent remplissent ma curiosité d’un sourire insatiable.

A l’étranger, le fait d’avoir traversé des frontières me rend tout à coup « exotique ». Dans cette voiture de luxe plus grande que la maison que je porte sur mon dos, on me montre des photos de voyages, Paris, Venise, Rome, Florence, le romantisme européen à l’état digital. Au Chili les enfants de la dictature et leurs parents ont souvent eu des cours de français alors, sur les longues lignes droites du désert j’écoute chanter en boucle les chansons pour apprendre les jours de la semaine et les couleurs avant d’entre des « asseyez-vous » autoritaires. Echanges de souvenirs, découverte de clichés sur la France, envie d’apprendre, de comprendre, de parler.
A l’étranger, le fait qu’il vienne de l’autre côté de la frontière le rend tout à coup méprisable. Les Chiliens sont souvent mal vus par leurs voisins alors, lorsque je lève le pouce avec Lui, l’appréhension est là. Les quelques blagues racistes sont souvent étouffées par sa bonne humeur et son bagout. Quelques conducteurs rancuniers envers des Chiliens sans vraiment savoir pourquoi, partagent avec nous quelques kilomètres fraternels où la découverte, le rire et le partage écrasent des préjugés parfois haineux, toujours inutiles.

Attente stop

Dans certaines voitures nous n’échangeons que des silences, quelques musiques sur Radio Classique et un « bonne route » discret. Sans gêne ni timidité nous laissons nos esprits voguer sur un bitume pluvieux. Alors que certains silences sont gênants, ceux-là sont apaisants, voyageants.
Parfois je me glisse sur la banquette arrière, discrète, silencieuse. J’écoute la vie des passagers avant et je laisse mes yeux s’éparpiller derrière la vitre. Je laisse le son de ces voix inconnues me bercer et border mes rêves d’ailleurs. Un court trajet, des heures de lignes droites, quelques sourires dans le rétroviseur et nos vies se sépareront comme elles se sont frôlées, discrètement, sans jamais se toucher.

Faire du stop. Un voyage qui parfois fait peur. Peur de l’inconnu, peur de l’autre, peur de cet autre que l’on voit souvent sous son mauvais jour dans les JTs ou les programmes de faits divers. Cet autre que l’on voit comme un danger potentiel, une menace. Comme si le seul fait de lui parler pouvait signer notre arrêt de mort.
Pourtant l’autre c’est toi, c’est moi, c’est ce jeune militaire qui revenait du marché où il avait été pour la première fois pour acheter de la menthe à offrir à sa petite-amie ; c’est cette dame qui m’a vue marcher seule, en short, de nuit et qui a pensé à sa fille ; c’est cet Anglais de passage en Irlande qui nous a proposé de visiter un bout du pays avec lui ; ce sont ces jeunes ouvriers qui nous ont offert un coca et ce chauffeur qui m’a offert un repas. L’autre c’est celui qui peut te faire rire, te faire penser, t’inviter à découvrir un monde que tu ne connais pas. L’autre c’est aussi toutes ces personnes qui n’aiment pas être seules dans un véhicule pensé pour 5, question d’écologie peut-être.

L’autre, celui de TF1, le violeur, le psychopathe, le tueur d’enfants ou le cambrioleur existent, bien entendu. Le chauffard, le conducteur bourré ou celui sans permis existent aussi. Lorsque l’on monte dans une voiture, à l’arrière d’un pick-up ou dans la cabine d’un camion, on ne sait jamais sur qui on tombe. Le chauffeur non plus d’ailleurs. Pourtant je préfère faire confiance. La prudence et la confiance ne sont pas ennemies. Le stop et la sécurité peuvent aller de pair, il suffit de se faire confiance et de ne jamais oublier que ta sécurité est plus importante que ton temps, que ta patience, que le retard que tu prendras sur ton programme de voyage. Les conseils de bases sont très simples et tu les retrouveras sur beaucoup de guides pratiques :

  • Si tu le conducteur un peu louche, s’il a l’air d’avoir pris des stupéfiants ou s’il empeste l’alcool, ne monte pas. Tu as le droit de refuser de monter dans une voiture
  • Si, une fois dans la voiture, tu ne te sens pas à l’aise, tu as peur, tu ne veux pas continuer avec ce chauffeur, demande à descendre
  • Parfois l’attente peut être longue alors pense à toujours avoir de quoi boire et manger sur toi. Si tu fais de longues distances, n’oublie pas d’emporter de quoi dormir (tente, tarp, sac de couchage et/ou sac à viande)
  • Préviens une personne de ton entourage que tu fais du stop : un message en début de journée pour lui indiquer ton programme et un autre une fois arrivé, ta géolocalisation via Whatsapp, le numéro de plaque d’immatriculation, etc.
  • Prends une carte ou maps.me avec toi pour toujours savoir là où tu es
  • Renseigne-toi sur la culture du stop dans le pays où tu comptes voyager : en Bolivie par exemple on te demandera souvent de l’argent et il y a très peu de voitures particulières alors qu’au Chili beaucoup de chauffeurs routiers t’inviteront à manger ou voudront te donner un billet
  • Suis ton instinct !

La liste des conseils est très longue et Internet regorge de blogs dédiés au stop. Je te conseille notamment les blogs de Julien et Margaux, les Serial Hikers (« Guide de l’autostop : nos conseils pour arrêter une voiture facilement« ), Histoires de Tongs d’Astrid (« Mon guide complet pour faire du stop« ) ou encore Globestoppeuse d’Anick-Marie (« Auto-stop : techniques comiques ou déconseillées« ).

Faire du stop. Un voyage, une ouverture à l’autre, à soi, un frein à sa timidité et un grand coup dans l’impatience.
Aujourd’hui j’ai l’impression d’avoir toujours fait du stop. Je ne compte plus (ai-je déjà compté ?) les voitures qui m’ont offert quelques kilomètres de voyage, ni les rencontres éphémères, ni ces sourires partagés. Timide et impatiente, j’ai choisi de faire de l’auto-stop mon moyen de transport privilégié, de la route mon hôtel de luxe et de l’imprévu mon itinéraire unique et répété.
De certains pays je ne connais que les heures passées dans les cabines de camions, couchée à l’arrière d’un pick-up pour éviter les contrôles routiers et les voitures filant dans le désert. De certains voyages je garde en mémoire les rires et les yeux brillants face à tant de générosité. D’ici et d’ailleurs j’aime lever mon pouce à l’inconnu, à ces inconnus qui feront du trajet un voyage à part entière, un souvenir de rencontre et le début d’aventures à partager.
Seule ou accompagnée, parfois découragée au point de monter dans un bus, souvent exaspérée par l’attente, je me laisse guider par les conseils de ceux qui connaissent les secrets d’un sentier encore peu battu par le tourisme en devenir.

Aujourd’hui je t’ai parlé de mon stop, celui qui fait battre mon cœur et rêver mes sourires. Et toi, cher lecteur, as-tu déjà fait du stop ? Oseras-tu te lancer dans l’aventure de ces rencontres inconnues ?

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2 réflexions sur “Auto-stop : témoignage et conseils pour se lancer seule ou acompagnée

  1. Je ne me lasse pas de ta plume !

    Je découvre ton article depuis une voiture qui nous a pris en stop. C’est une bonne journée. Nous allons d’un point A à un point B avec un même conducteur, le courant passe super bien et nous n’avons attendu qu’une petite minute avant de me rencontrer.

    Je crois que la route est mon hôtel de luxe à moi aussi.

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    • Merci Léa.
      Après avoir vu quelques photos sur Instagram, j’ai hâte maintenant de lire votre épopée en stop. Traverser deux continents pour prendre l’avion, fallait le faire ! 🙂

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