« Les nomades de Valparaíso »  par Julie de « Le Bon Air Argentin » 

Une fois n’est pas coutume, j’emprunte un article. Mais attention, pas n’importe quel article!  L’article d’aujourd’hui a été écrit par Julie.

Julie c’est l’amoureuse de Romain … une voyageuse au Chili grâce à un visa pour l’Argentine … une accro des terrasses et des alfajores … une de ces mamies de 28 ans qui, comme moi, aime sentir le soleil frôler les pages de son livre sur les places publiques … une rigolote avec un coeur qui fait au moins trois fois sa taille et dans lequel on peut trouver refuge lorsqu’on perd un ami, lorsqu’on trouve un amoureux, lorsque de vieux cauchemars viennent enquiquiner une rencontre…

Julie c’est aussi la co-auteure du blog Le Bon Air Argentin. Je l’ai rencontré à Valparaíso, elle est passée me voir à Vicuña et, n’ayant pas eu l’envie de se dire au revoir on se retrouvera sûrement entre ici et l’Alaska, peut-être à Buenos Aires ou bien Marseille.

Si je n’ai pas encore trouvé les mots pour vous parler de mon Valpo, je vous offre les siens. J’espère qu’ils sauront vous faire voyager dans notre monde de licornes, de petits coeurs, de rires et d’avocats.


«Être nomade, ça veut dire oublier pour un temps le confort chaleureux des amis et de la famille, pour faire de son sac à dos son meilleur compagnon – celui qui vous connaît par cœur et vous offre tout ce dont vous avez besoin au quotidien : du shampoing, des fringues plus ou moins propres, des livres, il suffit de lui demander. Les peuples nomades voyagent en groupe. Nous, on est tous les deux, mais on n’a pas embarqué nos compañeros de la vie française. Le décalage horaire atteint des proportions anti-communicationelles avec l’Europe – 6h, c’est vraiment pas pratique : quand c’est le matin ici c’est la pleine après-midi en France, quand c’est le soir en France c’est la pleine après-midi ici, et le reste du temps il y a toujours une partie ou l’autre qui dort. Le fait d’être à la ville ne fait qu’accentuer le manque : avec qui aller boire des cafés le mercredi ? Ou des bières le lundi soir ? Avec qui faire la tisane – ballade du dimanche ? Avec qui partir en weekend pour ramasser des châtaignes ? Avec qui parler de la vie de la mort de la politique du monde du travail et rire aux larmes parce que la vie est quand même vachement drôle ? Avec qui transformer les drames en vastes blagues ? Avec qui regarder des films sous la couette ? Qui pour me transmettre la maladie de la connerie et s’insulter de « tête de shtroumph » ?

Je vous le dis tout de go, les Chiliens ils ont vraiment pas de chance de pas vous avoir. Et par un jeu de vases communiquants, l’Europe à trop de la chance de vous avoir. Malgré tout, comme vous pouvez le voir, on a un vide dans notre petit corazón mais personne a perdu sa bonne humeur, meur, meur meur meur (rien à voir, mais il m’est impossible d’écrire « bonne humeur » sans avoir cette chanson collée dans la tête pendant quatre heures).

C’est donc ainsi qu’on se voit dans l’obligation vitale de se reconstruire une famille de voyage – et c’est là que notre expérience à l’hostel Nómada, Valparaíso (Valpo pour les intimes), intervient.

Il existe plusieurs versions pour expliquer le nom Valparaiso. L’une d’elles attribue la paternité aux soldats du navigateur Juan Bautista Pastene,  qui auraient baptisé cette magnifique baie qui plonge dans le Pacifique vallée du paradis, soit Val des paraíso en espagnol, qui serait devenu Valparaiso avec le temps. Mais il existe aussi des contradictions sur la traduction : car certains pensent plutôt à vain paradisqu’à vallée paradisiaque. Cette idée de vain paradis me paraît plus adaptée à notre expérience du « joyau du Pacifique » : une ville rayonnante et joyeuse comme le dernier jour de l’humanité. On dit que les Argentins jouent au foot et que les chiliens écrivent des poèmes. En réalité, les Chiliens sont quand même bien fondus de foot (quand la U joue, tout s’arrête : sur les marchés extérieurs, les vendeurs s’agglutinent autour du stand de celui qui a sorti sa télévision, tandis que les passants s’arrêtent à l’entrée des bar qui passent le match), mais sont aussi une nation de poètes : Pablo Neruda et Gabriela Mistral, pour ne citer qu’eux, sont les tenants d’une tradition mélancolique et joyeuse qu’on retrouve dans l’air de Valparaiso, à chaque fois une ruelle prise au hasard vous amène à une vue incroyable sur le Pacifique.

Comme tout le monde, on n’a pas choisi de rester un mois et demi à Valparaiso, c’est ce vain paradis qui nous a attrapés – on y est passé et on y est restés joyeusement échoués, attrapés par l’énergie, les gens, la joie, la fête et les maisons multicolores. Une proposition de volontariat en tant que réceptionnistes plus tard, on défait nos sacs, on habite sur le plan de Valparaiso, au pied du cerro Bellavista, avec notre belle famille de travail : Céline la peleuse d’oranges, Élisa la belge, Pierre le flaite, Capu la cuica, Lucho le jefe, Marco l’inventeur d’histoires, Folo le paco, Nati la comptable, Dani la dueña, Juanjo le colombien et Nico l’argentin… sans oublier La Wachita, un animal qui n’a du chien que l’apparence, puisque son comportement fait plus penser au choix au chat (pour le côté casanier), au lion de mer (pour la paresse), et parfois au renard (pour la ruse : elle est la championne du regard suppliant lancé au huésped (client) non averti, un regard qui raconte son calvaire de chienne d’hostel affamée… Alors même que son bol de croquettes déborde).

Notre vie se compose de petit déjs gargantuesques, d’apéros sur la terrasse, de ballades dans les cerros, et de pauses éternelles sur le banc de Reina Victoria ou de la Plaza d’El Descanzo, de nuits de baile au Pachanguerro, de completos, de cafés en terrasse, d’après-midi a Concón, de blagues, de goûters pain-palta, d‘asados, de soirées films (oui oui oui!!) à la maison ou au ciné, d’élections présidentielles vécues ensemble autour de vin et de brie Président, mais aussi de check-in et checkout de huéspedes, de visites guidées de la maison en trois langues (« entonces, here is the baño, here the cocina, por favor it’s open only hasta eleven »), d’ouvertures et de fermetures de caisses, de nuits avortés par des huéspedes qui sonnent à 4h du matin, de problèmes de toilettes bouchés qui débordent (l’un sans l’autre serait pas rigolo), de panneaux solaires qui font du bruit au milieu de la nuit, de visite à Carmela, l’âne du cerro La Cruz qui mange le compost mais qui n’aime pas le poisson, mais aussi de terremotos, de tragédies familiales, de huéspedes bizarres qui jouent du hang SEULEMENT près des feux rouges ou qui veulent te rejoindre quand tu dors sur le canapé, bref, l’aventure c’est l’aventure, mon ami.

Mais comme on reste nomades, tout ça a dû prendre fin il y a quelques semaines : on a rangé nos brosses à dents dans le sac et on a repris notre vie de mochileros la larme à l’oeil : notre paradis n’était qu’une vaine et délicieuse parenthèse dans ce voyage au long cours.

Familles d’Europe et d’Amerique du Sud, on vous aime : passer du temps avec vous, c’est comme se glisser sous une couverture un jour de pluie. Et moi, j’adore la pluie.»

Texte original et photos: « Les nomades de Valparaíso » 

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