Randonnée dans les Causses et Cévennes, Sorbs, Gard, France

Cap à l’Est : genèse d’un voyage à pied

Rentrer pour enraciner son sac

Voilà presque un an que je suis revenue de ma traversée des Amériques en stop, solo et sac à dos. Un an que j’ai mis entre parenthèses l’idée de traverser les continents américains de Puerto Williams à l’Alaska (l’amour, le travail, la remise en question de ma façon de voyager et quelques problèmes de santé m’ont convaincue que cette grande Odyssée serait pour plus tard. Peut-être).
Je disais donc qu’il y a presque un an j’ai posé mon sac sous le soleil des Cévennes.

Cette année a été une succession de petits riens qui en ont fait une année, heureuse et chaleureuse.
Pendant ces quelques mois j’ai arpenté les Cévennes gardoises, j’ai intensifié ma pratique de la randonnée pédestre et je l’ai inicié, Elle, à vadrouiller de montagnes en montagnes. J’ai profité de cette pause hexagonale pour revoir la Bretagne, battre le pavé de Lille, découvrir Marseille et embrasser celles et ceux qui m’avaient manqué. J’ai mis à profit ces quelques mois francophones pour lancer mon activé de rédactrice web freelance, faire des plans sur la lune, avoir la tête dans les comètes et dessiner les plans de mon prochain voyage : cap à l’Est (#capalest pour les adeptes de Twitter).

Rêver pour mettre le cap à l’Est

Cap à l’Est c’est le rêve un peu fou d’une fille aux genoux vissés, au dos tordu et à la carte de fidélité chez tous les médecins de la ville, de prendre les chemins de traverse pour découvrir l’Est.
Cap à l’Est c’est l’envie de rester en Europe, de réaliser un vieux rêve d’ado, d’entendre battre la darbouka et de titiller des muscles encore inconnus.

Le 19 avril 2019 je partirai vers l’Est, avec Elle. Pour des énièmes au revoir tout en douceur nous randonnerons dans les Dolomites. Une semaine entre mère et fille, une semaine à mettre en pratique cette année d’entraînement, une semaine pour partager ma passion du voyage et son envie d’aller voir ailleurs.

Elle, elle s’en retournera vers l’Ouest et moi je continuerai mon voyage.
A l’Est.

Marcher entre monts et ours

De la frontière italienne jusqu’à la hongroise je marcherai. Je traverserai la Slovénie à pied, d’Ouest en Est, seule. Drôle d’idée pour une voyageuse qui expliquait ses problèmes physiques il y a quelques mois, non ? Oui, c’est une drôle d’idée, c’est une idée qui n’arrivera peut-être pas au bout des 684 Km en un temps record mais une idée qui me fait rêver.
Je pense marcher un bon mois. Peut-être plus. Qu’importe ?!
Je marcherai en évitant la pluie quitte à décaler ma date d’arrivée de plusieurs jours. De tout façon, même si certains dirigeants de l’Europe vomissent des messages de haine et de xénophobie à chaque discours, aucun ne semble motivé à déplacer la frontière sloveno-hongroise cet été !
Je marcherai pour moi, avec moi. Je marcherai seule pour la première fois.
Alors quelques questions s’imposent : Est-ce que les vis qui décorent mes tibias tiendront le coup ? Réussirai-je à supporter la solitude ? Réussirai-je à calmer mon imagination la nuit venue lorsque les bruits de la forêt envahiront ma tente ? Est-ce que le voyage à pied me convient ?
Ce n’est qu’en marchant, seule ; ce n’est qu’en dormant seule dans ma tente ; ce n’est qu’en dédiant mon temps à la marche, à l’écriture et à la contemplation que je pourrais dessiner quelques ébauches de réponses.

Seule et à pied je suivrai les traces du chemin de grande européen E7.
Seule et à pied j’éviterai les traces d’ours, de loups et de tous ces animaux que je rêve d’apercevoir. De loin.
Seule et à pied je découvrirai enfin ce petit pays que j’ai eu la chance d’entrevoir il y a de cela plusieurs années. De mes deux jours slovènes je me souviens d’un réveil dans un champs de fleurs sauvages, d’une douche dans une rivière glacée et d’une bière en plein centre de Ljubjana. Deux jours de souvenirs que je traîne dans mon cœur depuis bientôt 10 ans. Deux jours de souvenirs qui me chantent au quotidien que je devrai prendre le temps d’offrir quelques sourires à la Slovénie.

Voyager vers l’aube

Après ces premières étapes, l’itinéraire est flou. J’ai envie de rejoindre la Roumanie, ce pays qui me fait de l’œil depuis l’adolescence. Et puis, quitte à y être pourquoi pas visiter la Moldavie et la Bulgarie ? Pourquoi ne pas visiter ces pays qui n’apparaissent que très rarement dans les itinéraires de tour du monde, pourquoi ne pas visiter, connaître, comprendre la diversité et la complexité d’une union européenne souvent désunie ? Pourquoi ne pas profiter de ce voyage pour rencontrer les souvenirs de l’URSS et comprendre Ceausescu ? Pourquoi ne pas écouter les contes et légendes de Dracula et de la Transilvanie ? Pourquoi ne pas m’asseoir au coin du feu (ou dans un bar, ça marche aussi) et écouter les histoires de ces nomades de toujours que l’Histoire a essayé de sédentariser, que la France essaie d’expulser ?

L’Europe m’attire. Oh, pas pour ses plages d’eau turquoise, ses cocotiers et la promesse d’une mangue juteuse à manger entourée d’iguanes. Mais pour la richesse de ses langues vivantes, son Histoire, ses pays unis par des mariages, détruits par la jalousie, annexés par le sang. L’Europe m’attire pour ce qu’elle a été, ses rêves d’unité et ses difficultés à se faire comprendre de ses habitants.

Moi, fille de l’Ouest, j’ai toujours été attirée par ces pays d’un autre bloc, ces pays frères, ces pays dont on rejette une partie de la population sans connaître ni leurs langues ni leurs cultures, ni leur(s) Histoire(s).
Moi, fille de l’Ouest j’ai passé un an en Slovaquie à dévorer chaque témoignage de la révolution de Velours, des chars soviétiques, de la séparation de deux Etats frères.
Alors aujourd’hui ma soif de savoir, ma curiosité et surtout mon envie de comprendre ce qui m’entoure me pousse à mettre le cap à l’Est.

Suivre la course du soleil

Arrivée sur les plages de la Mer Noire je retournerai voir l’Atlantique. Je mettrai le cap à l’Ouest pour voir encore une fois le soleil se coucher sur le Portugal.
A l’Ouest je chausserai mes lunettes de touriste et je déambulerai dans les rues de Lisbonne et de Porto comme si je n’y avais jamais vécu.
A l’Ouest je ferai mes au revoir à ce pays qui coule dans mes veines.

Une fois de plus je pars sans billet retour, sans date retour, sans autre itinéraire qu’un point cardinal.
Pourtant, cette fois quelque chose a changé. Pour ce voyage je sais que je ne veux pas vivoter, voyager sans argent ni ouvrir les yeux sur le monde qui m’entoure sans y participer.

Cette année je suis devenue freelance et, avec ce nouveau statut carrément bancal, je veux prendre le temps de me poser, de travailler avant de sortir en rando, d’ouvrir mon ordi pour chercher de nouveaux clients et non pas seulement pour découvrir de nouvelles séries Netflix.
Cette année j’ai eu 30 ans et, avec quelques rides (les mauvaises langues diront qu’elles sont dues à l’âge plus qu’à mon sourire permanent) est apparue cette envie de m’installer dans ma vie, d’exercer un métier qui me plaît, de vivre le nomadisme qui me correspond, de voyager tout en respectant mes principes et idéaux.
Cette année je pars sereine et confiante. Dans mon sac s’entassent mes projets de voyages, mes rêves, mes envies professionnelles et quelques idées qui me permettront, je l’espère, de mettre un peu d’huiles sur mes patates.

Le 19 avril 2019 je partirai à l’Est puis, adepte des zigzags je fermerai une boucle à l’Ouest avant de repartir, une fois de plus vers le Sud. Mais ça, c’est une autre histoire …

Je ne connais ni la Slovénie, ni la Roumanie, la Moldavie et encore moins la Bulgarie. Si tu as quelques articles de blog ou des suggestions sur ces régions, laisse-moi un commentaire !

Si tu passes par ces pays cet été, contacte-moi. Je serais ravie de partager un verre, une visite ou une baignade avec mes lecteurs.

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6 commentaires sur “Cap à l’Est : genèse d’un voyage à pied”